CHAPITRE III
Pendant les années qui suivirent 1848, Sabine continua sa sainte et paisible route, allant de moins en moins dans le monde, allant de plus en plus chez les pauvres. Comme un arbre vigoureux qui tend toujours en haut, et qui donne à chaque saison nouvelle des fleurs plus belles et des fruits plus abondants, ses vertus croissaient avec ses années.
A la fin de 1850, sa sœur jumelle se maria. Sabine remercia le ciel de cet événement qui répondait aux désirs de sa sœur et qui assurait son bonheur, et comme toujours, elle se sacrifia joyeusement. Mais sous cette joie généreuse» il y avait des larmes qu'elle ne confia qu'à Dieu. Le mariage de sa sœur ne pouvait rien changer à leur mutuelle tendresse; mais l'habitude de toute sa vie, cette douce habitude d'être toujours en semble, de ne se jamais quitter, de n'avoir en quelque sorte qu'une seule âme en deux corps,. était à jamais brisée. Elle le comprit tout de
suite, en souffrit et en bénit Dieu. La séparation, du reste, fut aussi atténuée que possible par le dévouement admirable de son beau-frère, qui fut toujours pour elle le meilleur des frères. Il connaissait l'intime union des deux sœurs, il était digne de l'apprécier ; il fit tout pour qu'elle subsistât après son mariage comme avant.
Jusqu'alors, nos parents avaient pu croire qu'un jour peut-être Sabine se déciderait à se marier. A partir de ce moment, ils durent renoncer à cette espérance. Elle ne put supporter la pensée que son mariage à elle-même viendrait diminuer encore, non pas son immuable tendresse, mais ses relations avec sa sœur, et cette raison, s'ajoutant aux précédentes, changea son penchant déjà bien ancien en une résolution irrévocable. De ce jour elle eut deux demeures ; elle allait sans cesse de l'une à l'autre. Tout le temps qu'elle ne passait pas à adorer Dieu dans ses sanctuaires ou à le servir dans ses pauvres, elle le partageait entre ces deux maisons qui 3hacune avait tout son cœur. Un an après, la naissance d'une nièce vint ouvrir à son affection des horizons nouveaux, et l'on peut dire en toute vérité que l'heureuse petite fille eut deux mères.
Au commencement de 1852, le frère aîné de