CHAPITRE TROISIÈME
Sabine fut nommé auditeur de Rote à Rome pour la France. Il fut décidé qu'elle irait l'y rejoindre avec sa mère et sa jeune sœur au milieu de l'automne. Sa jumelle devait les accompagner. Elle emportait donc avec elle la meilleure partie de son cœur. On peut juger de son ravissement! De toutes les choses de la terre, c'était peut-être la seule qu'elle désirât avec ardeur. Voir Rome et l'Italie, le pays des belles lumières, la patrie des saints amours, !a terre des ruines immortelles et des immortelles espérances, respirer cet air imprégné de toutes les bénédictions de l'Église, de toutes les prières de l'humanité, fouler aux pieds ou plutôt baiser cette poussière qui recouvre les ossements des saints, ces pierres qui proclament le sacrifice et qui suent le sang des martyrs, réciter le symbole des apôtres sur le tombeau des apôtres, et courber devant le vicaire de Jésus-Christ une âme pleine de Jésus-Christ, c'était un rêve presque divin, et ce rêve allait devenir une réalité. Elle se prépara à ce voyage comme les pèlerins se préparaient autrefois à visiter la Terre sainte, et quand elle partit pour la Nouvelle Jérusalem, il lui sembla que c'était l'emblème et l' avant-goût du départ de son âme pour la Jérusalem céleste.
Le mouvement qui entraîne aujourd'hui vers
Rome les souverains et les peuples, ce mouvement providentiel et béni dont l'achèvemeut des chemins de fer a tant activé le progrès, commençait déjà à se manifester en Europe et particulièrement en France, la sainteté personnelle du pape Pie IX, sa mansuétude plus grande que la malice de ses ennemis, son énergie plus haute que ses malheurs, fixaient sur lui tous les yeux, attiraient à lui tous les cœurs. Chaque fidèle sentait au fond de son âme le désir d'aller contempler les traits augustes et recevoir la bénédiction de ce Roi, de ce Pontife, de ce Père, qui unissait en sa personne la grâce et la majesté, la force et la douceur, la tristesse de la persécution et la sérénité de la victoire, et qui, au milieu des pèlerins du monde entier, représentait la ravissante image du Fils de Dieu au milieu des petits-enfants d'Israël.
Octobre vint, le jour du départ arriva, et Sabine partit la joie dans le cœur et l'action de grâce sur les lèvres. La famille s'embarqua à Marseille, et par un temps splendide, le bâtiment fit voile pour Civita-Vecchia. Dès qu'elle se sentit sur le navire d'où elle ne devait descendre que pour prendre possession du territoire de l'Eglise, de ce sol béni, héritage de tous les enfants de Dieu, le ravissement commença pour elle et ae