CHAPITRE TROISIÈME
ia quitta plus jusqu'à son retour. La traversée même ne lui laissa que de charmants souvenirs. Elle ne pouvait £e lasser de contempler cette mer Méditerranée qu'elle voyait pour la première fois, ces eaux bleues comme l'azur du ciel dont elles reflètent les splendeurs, et cette majesté de l'Océan qui émeut les âmes les plus froides, et qui dit mieux que toutes les choses humaines la grandeur de la puissance divine.
Le soir, le charme s'accrut encore. Bien des années plus tard, elle se rappelait avec émotion cette nuit passée en pleine mer, alors qu'elle voguait, comme entre deux firmaments, sur le navire qui fendait sans bruit la face de la Méditerranée endormie, et qui l'emportait joyeuse vers la ville éternelle. Le capitaine du bateau à vapeur voulut en vain la faire rentrer dans sa cabine ; en vain il lui représenta les dangers de la fraîcheur de la nuit et l'imprudence de ces longues heures passées sur le pont d'un bâtiment : elle n'écouta rien. « Dans ce temps-là, disait-elle en souriant à ses compagnes de la Visitation, je faisais ma volonté. r> Elle demeura donc en plein air jusqu'à une heure avancée de la nuit, tout occupée de la grandeur de Dieu, contemplant les étoiles, écoutant le murmure des vagues et doucement bercée par elles, comme un petit
enfant qui se laisse aller aux mouvements des bras de sa nourrice et s'endort au bruit léger de son chant. « Le calme de la mer, disait-elle encore à ses sœurs, et la clarté sereine de la lune me donnaient des pensées de paix et de bonheur, dont les cris et les jurements même des matelots ne pouvaient me distraire. »
Ce qu'elle éprouva en posant le pied sur le territoire de l'Eglise, en apercevant pour la première fois la coupole de Saint-Pierre, et, un peu après, quand elle put se dire : « Je suis à Rome I » je n'essaierai pas de l'exprimer. Plus tard, je l'ai éprouvée comme elle, cette émotion de la terre et du ciel, et ceux qui l'ont ressentie peuvent seuls la comprendre. Je n'essaierai pas davantage de redire les sentiments que fit naître en son cœur la vue du Saint-Père et des merveilles de tout genre de la ville éternelle. En racontant ici mes souvenirs, je raconterais certainement aussi les siens ; mais c'est d'elle seule et de ses impressions personnelles que je veux parler.
Pendant les six mois qu'elle passa à Rome, elle ei1 vit, elle en comprit, elle en aima tout. Les Stanzë de Raphaël, sa Madone de Foligno, la Transfiguration, le Christ au Tombeau de là galerie Borghèse. enchantaient ses yeux et son