CHAPITRE TROISIÈME
âme. Elle y revenait sans cl»:, elle y demeurait le plus longtemps possible. Les ruines du Forum, le Colysée surtout, monument impérissable et étonnant de la puissance des Césars et de la toute-puissance de Dieu, avaient pour elle un attrait toujours nouveau et la jetaient dans de profondes méditations. La beauté de la campagne romaine, la majesté tranquille et triste de ses lignes légèrement ondulées, de ses longs aqueducs aux arches pendantes et interrompues, la touchaient plus encore. Après les impressions purement divines, ces impressions de la nature furent les plus vives qu'elle remporta de son séjour en Ita.'ie. Elle ne pouvait se lasser de voir et de revoir la voie Appienne, avec sa double rangée de tombeaux à demi détruits, où l'empreinte de l'orgueil humain survit à la poussière envolée de ceux qui les bâtirent, et qui parlent en même temps aux yeux, à l'intelligence et à la foi.
Mais il est une promenade aux environs de Rome qui lui laissa des souvenirs plus vivants, plus profonds encore, c'est celle du Monte-Mario. Au sommet de cette montagne, toute voisine du Vatican, s'élève une villa dont les allées de cjprès et les pins énormes se détachent vivement sur le bleu foncé du ciel. Quand parvenue à ce point
culminant, où, d'après la tradition, la croix apparut à Constantin, Sabine aperçut l'incomparable panorama qrçi se déroulait autour d'elle, d'un côté des prairies à perte de vue, coupées de loin en loin par des ruines et des bouquets d'arbres verts, et terminées à l'horizon par la ligne étincelante de la mer, de l'autre, Rome tout entière à ses pieds, avec la coupole de Saint- Pierre assise dans sa majesté sur les murailles solennelles et sur les jardins du Vatican, plus loin la campagne romaine avec ses aspects sans pareils, ses troupeaux immobiles et sa ceinture de montagnes, elle fut saisie d'admiration et demeura longtemps plongée dans une contemplation muette. Mais quand le soleil, baissant vers l'horizon, allongea les ombres violettes sur la chaude verdure des prairies, illumina tout à coup les édifices et les hauteurs, et répandit sur toutes ces beautés un coloris plus ardent, quand le dôme et la croix de Saint-Pierre, la campagne, les ruines et les monts lointains de la Sabine s'embrasèrent de lueurs empourprées comme au reflet d'un immense incendie, son émotion n'eut plus de bornes , elle tressaillit, un cri jaillit de ses lèvres et de ses entrailles : « Mon Dieu I » et ses yeux se remplirent do !armes.