‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 23 sur 116 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

jours bénis passés dans la ville éternelle. Au pied de l'autel de Sainte- Agnès, et surtout dans la basilique de Sainte-Sabine, sa patronne, dans ce sanctuaire tout embaumé encore des souvenirs de saint Dominique et de saint François d'Assise, elle reçut des témoignages sensibles de la présence et de l'amour du Dieu des vierges et des martyrs, auquel elle avait donné tout son cœur ; et c'est là qu'elle échangea avec Jésus- Christ les paroles silencieuses mais profondes qui lui unissent les âmes pour l'éternité.

Un jour, elle se laissa aller à raconter à une des religieuses qu'elle aimait, des détails naïfs et charmants sur une de ces matinées du Pararadis où Dieu lui parla et la ravit hors d'ellemême. Voici l'acte de vertu qui lui valut ce qu'elle appelait cette grande visite de Jésus. Toute la famille avait formé le projet d'une excursion matinale aux environs de Rome. Or, il arriva que le jour choisi pour cette partie d$ plaisir se trouvait un de ceux où elle avait l'habitude de communier.

« Je me sentis troublée, dit-elle à la sainte amie de qui nous tenons ce récit. Il s'éleva en moi-même un grand combat. J'éprouvais une peine extrême à sacrifier le bonheur de recevoir mon bon Jésus pour une satisfaction d'un or-

dre inférieur. D'un autre côté, je désirais vivement accompagner ma famille ; tous m'en pressaient, et me disaient que cette occasion ne se retrouverait plus. Enfin je sentais combien il était difficile de me refuser absolument à de si douces instances. Le sacrifice que mon Jésus exigeait de moi coûtait donc beaucoup à mon cœur. Cette nuit-là, je dormis mal.

i Le matin venu, dès l'aurore, j'allai trouver mon frère; je lui dis quej'étais fort tourmentée du désir de communier, que je croyais que Notre- Seigneur ne serait pas content de moi, si je ne lui donnais la préférence.

» — Puisqu'il en est ainsi, ma bonne fille, il faut faire la sainte communion, et renoncer à venir avec nous.

» Sur cette réponse qui mit fin à mes hésitations, je restai au lit, et malgré tout ce que mes frères et sœurs purent me dire pour m'engager à les suivre, je tins bon et ne bougeai pas. Quand je fus seule, je me levai, j'allai entendre la messe en l'église de Sainte-Sabine, et j'y reçus Notre- Seigneur... C'est alors que mon Jésus se révéla à moi... c'est alors qu'il me dit que j'étais à lui et pour lui... Mon action de grâces fut longue. Tout le jour et les jours suivants, je me sentis accablée des faveurs et des bénédictions divi-

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