‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 24 sur 116 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

nés. C'est un souvenir de grâces, un souvenir du Ciel! Jamais il ne s'affaiblira dans mon âme! — Et voyez, ajouta-t-elle avec son aimable simplicité, la bonté de Dieu! Il se contenta de ma bonne volonté, il n'accepta pas tout mon sacrifice, et il voulut qu'avant de quitter Rome, je visse ce beau spectacle dont je m'étais privée pour son amour. »

Qu'il me soit permis, après ces grands et touchants souvenirs, d'en rapporter un autre d'un genre tout différent, dont le récit égaya plus d'une fois les récréations innocentes et joyeuses de son monastère. A Rome comme partout, à cause de sa simplicité, de son entrain et un peu de sa distraction, elle avait eu de petites aventures plaisantes qu'elle racontait avec une naïveté inimitable. Comme elle revenait un jour d'une course en voiture qu'elle avait faite avec sa femme de chambre, elle voulut parler en italien au cocher, et lui dit, en le payant : t Voici pour vous cinque bacciochi. » Cet homme prit l'argent et s'eL fut riant de tout son cœur. Le soir, elle redit à son frère ce qu'elle avait dit à ce cocher, et lui demanda pourquoi il avait ri si fort ; elle le comprit de reste, et rit plus fort que lui, quand elle apprit qu'au lieu de cinque baïocchi, c:nq bayo* ques, petites pièces de monnaie, elle avait offert

à ce brave homme cinq petits baisers (cinque bacciochi).

Parmi les souvenirs qu'elle remporta de Rome et qui demeurèrent jusqu'à la fin vivants dans sa pensée, la figure du saint Pape Pie IX lui resta toujours présente et chère comme celle du meilleur et du plus auguste des pères. Ces deux grands noms, ces deux grandes choses, Rome et le Pape, s'identifiaient dans son esprit et dans son cœur comme ils s'identifient dans l'histoire dupasse de l'Église et dans les espérances de l'avenir. Au retour périodique des fêtes où elle avait vu le Saint-Père officier, elle aimait à redire à ses sœurs avec quelle foi vive et quelle majesté il en remplissait les cérémonies, et quand revenait le jour de Pâques, elle les exhortait à tourner leurs pensées et leurs cœurs du côté de Rome, et à se transporter en esprit sur la place de Saint-Pierre pour y recevoir leur part de cette bénédiction sublime que le Souverain Pontife laisse tomber sur la ville et sur le monde.

Elle quitta Rome et revint à Pans avec sa mère et ses sœurs au mois d'avril 1853. Sa vie, pendant les cinq années qu'elle passa encore dans le monde avant d'entrer au couvent, ne fut plus désormais qu'une suite de bonnes œuvres dont

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