‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 26 sur 116 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

compatissante. A chaque printemps, ils atten~ daient son retour de Paris avec une vive impatience. Quand elle apparaissait dans leur chétive demeure, quand le paralytique étendu sur son lit de douleurs, la veuve travaillant près de ses petits enfants, ou le vieillard rendu solitaire par la mort de tous les siens, la voyaient entrer avec son gai sourire comme un rayon de soleil, leur visage s'illuminait. Ils aimaient, ils se sentaient aimés ; c'était l'ange du village qui leur apportait avec l'aumône matérielle qui nourrit le corps, l'aumône de la foi et du saint amour qui fortifie l'âme et lui fait entrevoir sous les larmes pré sentes les joies prochaines de l'éternité.

Dans une épidémie de fièvre typhoïde qui désola le pays et fit asseoir le deuil à plus d'un foyer du village, elle se dévoua comme une sœur de charité à relever les courages abattus, à soigner les malades, à les disputer ou les pré parer à la mort. Voyant que le fléau se prolori geait et que ses forces étaient près de s'épuiser, elle pria ses parents de faire venir de la ville une religieuse avec laquelle elle partagea jusqu à la fin les fatigues de cet admirable ministère.

Aussi, tout le monde l'admirait et la vénérai» au pays. Ces sentiments résistèrent à dix au» d'absence ; et quand, le dimanche qui suivit sa

mort, le curé de la paroisse annonça au prône qu'elle avait quitté la terre, ^e fut un deuil universel. Bien des yeux se mouillèrent de larmes, et l'impression générale se résuma en ces simples et naïves paroles qui sortirent de voûtes les lèvres et de tous les cœurs : « C'était une sainte 1 Si celle-là n'entre pas au ciel, personne n'y entrera jamais ! »

A Paris, où le bien et le mal, les bonnes et les mauvaises actions se perdent dans l'immense agitation des hommes et des choses, il est plus difficile de suivre la trace et de retrouver le souvenir des bienfaits qui marquèrent chacun des pas de Sabine. Dieu seul les a comptés et seul il les récompense. Mais on peut juger, d'après quelques révélations dues au hasard ou échappées à sa candeur, de ce que furent sa charité et ses œuvres pendant les dernières années qu'elle passa dans le monde.

Elle s'était mise de l'œuvre de la visite des pauvres malades. Une de ces infortunées, dont elle avait accepté la charge, était vieille, infirme et ne pouvait se servir elle-même. Sabine (nous tenons ce fait d'un jeune homme, locataire de la maison et témoin, sans qu'elle le sût, de son admirable charité) venait tous les matins, avant ou après la messe, visiter et consoler la pauvre

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