CHAPITRE QUATRIEME
infirme. Elle faisait son lit, nettoyait et arrangeait sa chambre, et lui rendait les services qu'une bonne fille rend à sa vieille mère. Les habitants de la maison, émerveillés de ce dévou ment de chaque jour, s'informèrent du nom de la sainte visiteuse, et dans leur naïve admiration, ils lui donnaient entre eux le nom de sœur. Ce trait, qui ne nous fut révélé qu'après sa mort, et dont elle croyait que Dieu seul avait le secret, suffit à faire comprendre quel zèle, quelle tendresse chrétienne elle apportait dans l'accomplissement de ses fonctions charitables.
Quelques autres détails, non moins touchants, nous ont été racontés par une dame, compagne deses bonnes œuvres. Elle avait si bien dompté la nature qu'elle ne semblait plus en connaître les répugnances. Elle visitalongtemps une malheureuse femme qui avait un cancer dans la gorge ; l'odeur infecte qui s'exhalait de la plaie ne lui faisait pas abréger ses visites, et pour mieux témoigner à la pauvre malade sa tendre affection, elle Fem brassait sans manifester le moindre dégoût baisers sublimes que les anges de Dieu ont dû lui rendre à son entrée dans le ciel !
A la visite des malades, elle joignit bientôt celle des familles pauvres de sa paroisse, et enfin la visite des femmes dans les hôpitaux. Une fois
par semaine elle allait à l'hôpital Saint-Antoine; elle causait avec les malades, leur parlait de Dieu, les égayait par son esprit, les charmait par sa bonté, et les préparait à mourir chrétiennement. £lle apportait dans cette délicate mission autant de décision et de fermeté que de douceur, et l'amie qui l'accompagnait dans ces visites, et de qui nous tenons ces détails, n'a pas le souvenir qu'une seule âme, prête à paraître' devant Dieu, lui ait résisté.
Rien ne l'arrêtait dans le mouvement qui la portait à courir chez ses pauvres. Le temps, le froid, la pluie, n'y faisaient rien : sa santé même ne pouvait la retenir à la maison. Un jour qu'elle avait pris médecine, elle sortit néanmoins à jeun pour faire sa tournée habituelle, et ne rentra que vers l'heure du dîner, ayant acheté un petit pain pour toute sa journée. Après des expéditions de ce genre elle était grondée au retour ; mais la charité la rendait incorrigible, et en cela seulement, elle ne pouvait se résoudre à obéir.
Elle donnait aux pauvres tout ce qu'elle avait; l'argent ne faisait que passer par ses mains sans y séjourner jamais. Sa toilette, quoique bien modeste, se ressentait singulièrement de ses aumônes, et plus d'une fois ses parents du-