‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 28 sur 116 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

rent lui faire des observations sur la simplicité excessive de ses vêtements. Pendant assez longfemps. elle fut réduite à une seule robe du matin, faute d'argent pour en acheter une autre. C'était une robe verte, qu'elle trouvait elle-même fort laide, mais qu'elle mettait gaiement, joyeuse d'offrir à Dieu ce petit sacrifice d'amour-propre. En allant à la messe, elle prenait chaque jour le même chemin. Les marchands, qui ne la connaissaient pas de nom, la reconnaissaient à sa mise. Ils la regardaient passer en souriant, et plus d'une fois, elle les entendit qui disaient en la voyant apparaître : « Voilà encore la grande demoiselle à la robe verte !» — « Cela me coûtait bien un peu d'entendre ces exclamations, ajoutait-elle gaiement en racontant cette petite aventure. Pourtant, je continuai à porter la même robe ; mais craignant que mon père ne fût pas content s'il apprenait ce qu'on disait de moi, je pris un autre chemin pour aller à la messe. »

Elle avait complètement renoncé à aller dans le monde, mais elle se faisait un devoir d'assister aux soirées de famille, où d'ailleurs elle se plaisait fort et qu'elle animait par sa gaieté sereine et ses spirituelles naïvetés. Ses sœurs alors lui prêtaient ou lui donnaient les robes qu'elles ne mettaient plus, et Sabine se parait joyeusement

de leurs dépouilles un peu défraîchies. On comprend qu'à ce métier, les femmes de chambre ne s'enrichissaient guère à son service : elles n'avaient rien à revendre, et devaient se contenter de leirs gages. Aussi Sabine en trouvait-elle difficilement , quoiqu'elle fût pour elles d'une bonté extrême, et qu'elle suppléât de son mieux par des cadeaux à ce qui leur manquait d'un autre côté.

Quand, pressée par la nécessité, elle se décidait à acheter quelque objet de toilette, elle était partagée entre deux sentiments contraires, le désir de dépenser le moins possible, en vue de ses pauvres, et la crainte de faire tort aux marchands en ne payant pas les choses à leur valeur. De ses anciens scrupules, c'était le seul qui lui restât. Elle était la première à en rire, mais elle ne pouvait s'en défaire. Un jour qu'elle marchandait ainsi à rebours une paire de bottines dont le prix lui semblait trop modique, le marchand finit par se fâcher, il lui dit que ses prix étaient fixes et que c'était à prendre ou à laisser. Pour avoir la paix, elle se tut, paya, prit les bottines et s'en fut, se disant à elle-même : « Tant pis pour lui, le pauvre homme ; s'il y perd, c'est sa faute et non la mienne! » Elle avait sans cesse de ces simplicités qui faisaient notre

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