‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 29 sur 116 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

bonheur et qui contrastaient d'une façon plaisante et charmante avec sa vive et sérieuse intelligence.

Son amour pour les pauvres Jfèiît donner la mesure de son amour pour Dieu, père des pauvres. C'est lui qu'elle aimait en eux, et après l'avoir servi dans ses membres souffrants, elle allait l'adorer dans le sacrement de l'autel. C'est à ses' pieds qu'elle commençait et finissait chacune de ses journées. Les heures qu'elle passait à l'église étaient pour elle les plus douces et les plus rapides ; quand elle était agenouillée devant le tabernacle, elle semblait abîmée et comme anéantir dans la contemplation de l'éternel amour. Au moment de sa mort, des personnes qui l'avaient vue prier douze ou quinze ans auparavant, s'en souvenaient encore, tant sa physionomie séraphique les avait frappées. Il lai arrivait souvent de s'oublier dans la prière et de rentrer à la maison après l'heure du dîner. Il était inutile de lui demander alors la cause de son retard. Dieu et ses pauvres, c'était sa seule son admirable excuse.

Se priver delà messe et de la communion lui semblait un sacrifice au-dessus de ses forces ; elle ne s'y résignait qu'à la dernière extrémité. Un our, par suite de je ne sais quel mal, elle avait

Tordre du médecin de garder le lit, les pieds enveloppés de feuilles de laitue. Quand ses parents, venus le matin dans sa chambre pour J 'embrasser et savoir de ses nouvelles, furent sortis, elle appela sa femme de chambre, s'habilla à la hâte, mit ses pauvres pieds malades dans des pantoufles, fit chercher une voiture et alla entendre la messe à l'église des Missions. Puis elle revint joyeuse, rapportant Dieu dans son cœur, et se remit au lit, après avoir recommandé aux domestiques de ne rien dire de son expédition. Ceux-ci n'eurent garde de la trahir ; elle était pour eux d'une bonté si parfaite qu'ils s'estimaient heureux de pouvoir lui rendre service.

Quand elle ne pouvait aller à l'église, elle se faisait un sanctuaire de sa chambre et adorait Dieu dans le temple de son âme. Au salon, où elle demeurait après dîner jusqu'à l'heure du coucher, elle se donnait toute à tous et animait la soirée par le charme de son esprit et de sa tendre bonté : mais dès qu'elle se retrouvait seule à seul avec son Jésus, elle se livrait à de longs et profonds colloques d'amour. Quand il y avait une chapelle à sa portée, comme au château des Nouettes, elle s'y rendait secrètement après que tout le monde était couché, et traversait à pieds nus le long corridor qui y con-

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