CHAPITRE QUATRIÈME S
duisait, de crainte d'être entendue et surprise en flagrant délit d'adoration nocturne. Dieu seul a compté les heures qu'elle passa ainsi en sa présence, veillant et priant pendant que tout le monde dormait, véritable ange de la maison et de la famille.
On ne peut aimer le Christ Rédempteur sans aimer la croix sur laquelle il nous a rachetés. Sabine sentait dès lors en elle ce besoin de souffrir et de se mortifier qui se retrouve au fond de toutes les âmes saintes. Elle offrait à Dieu chaque jour le sacrifice de son repos, de son temps, de sa santé, de sa vie tout entière qu'elle consacrait à le servir et à le faire aimer. Mais ce n'était point assez : à l'exemple des saints, elle était tourmentée du désir de châtier sa chair virginale pour la soumettre plus entièrement à l'âme, et aussi pour compenser les mollesses et les sensualités de tant de prétendus chrétiens qui font de leur corps une idole et lui sacrifient tout.
k la Visitation, où saint François de Sales, sans proscrire les mortifications corporelles, a surtout imposé à ses filles les mortifications spirituelles, Sabine racontait gaiement à ses compagnes ses essais de pénitence dans le monde, essais quelquefois infructueux et marqués au coin de sa naïveté habituelle C'est ainsi que.
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voulant coucher à la dure et ne sachant comment faire pour corriger la douceur de son lit, elle imagina un soir de réunir les atlas et les grands cahiers reliés de ses neveux et nièces et de les poser sous ses draps. Ravie de son invention, elle se coucha par-dessus et dormit parfaitement. Le lendemain, en s'éveillant, elle eut une mortification fort différente de celle qu'elle avait cherchée. La couverture d'un bel atlas, acheté peu de jours auparavant par sa sœur, était brisée, et il fallut bien en avouer la cause. Sabine, toute confuse, dut renoncer à ce moyen de pénitence et en inventa un autre plus simple, plus sûr, mais plus imprudent. De temps en temps, au lieu de se coucher dans son lit, elle s'étendait par terre tout habillée sur le tapis ; le matin venu elle se déshabillait, et se mettait au lit pour que sa femme de chambre ne s'aperçût de rien.
Une autre fois, elle voulut se donner la discipline. Croyant dans sa simplicité que cela se vendait comme tout autre objet de piété ou de toilette, elle parcourut plusieurs magasins, demandant partout des disciplines. Partout on la regardait avec étonnement : les uns ne comprenaient pas. les autres riaient : aucun marchand e tenait cet article. De guerre lasse, elle entra dans un magasin de jouets, acheta un fouet d'en-