CHAPITRE QUATRIEME
îa perfection de la vie religieuse. Comme l'abîme appelle l'abîme, la lumière appelle la lumière, l'amour appelle l'amour; et l'âme que la grâce solicite, ne reste jamais stationnaire, mais elle s'élève, de degré en degré, jusqu'aux sommets où l'attendent les embrassements de l'Époux. Sabine commençait à ressentir dans le monde les langueurs de l'exil. Ses parents, sa famille, ses pauvres, ne suffisaient plus à combler le vide toujours croissant de son âme. Elle s'étonnait de ne plus trouver en elle-même ce joyeux entrain qui la faisait tout braver pour courir au service de Dieu. Elle ne diminuait rien de ses bonnes œuvres, mais elle sentait que chacune lui coûtait plus d'effort. Sa gaieté se voilait, sa santé commençait à s'affaiblir ; elle éprouvait, sans s'en rendre compte encore, ce malaise mystérieux.de tous les êtres qui ne sont pas dans leur voie.
Ce fut en assistant à une instruction de son frère aux religieuses de la Visitation, de la rue de Vaugirard, à Paris, que, pour la première fois, elle entrevit la cause de sa langueur morale et le remède à y opposer. Elle n'en dit rien à personne, et laissa ce germe grandir et se développer dans le recueillement et la prière. Un saint prêtre qu'elle connaissait depuis longtemps, et
qu'elle savait doué de ce don si rare et si précieux du discernement des âmes, reçut ses premières confidences. Il lui conseilla de prier, de laisser agir Dieu et d'attendre. Plusieurs mois se passèrent ainsi, stériles en apparence, féconds en réalité, comme les jours où le grain de blé, enfoui sous le sillon, germe au sein de la terre et prépare les trésors de la moisson.
A la question principale de sa vocation religieuse s'ajoutait dans son esprit celle de l'ordre où elle était appelée. Son penchant pour les austérités qui dégagent l'âme en châtiant le corps, l'attirait vers le Carmel et la détournait de la Visitation. Ce fut cependant à la Visitation qu'elle entra vers le mois d'octobre 1857, pour faire une retraite de quelques jours et essayer par elle-même de cette vie du cloître dont elle devait plus tard s'enivrer et faire ses délices.
Cette première expérience sembla devoir l'en éloigner pour jamais. Absolument sincère avec elle-même comme avec les autres, elle la crut décisive et ne le dissimula point. Les trois jours de cette retraite lui parurent si longs qu'au moment de la terminer, elle dit aux religieuses avec sa simplicité et sa franchise ordinaires : « C'est étou irait! Quel bonheur de sortir d ici 1 Comme je vais faire ouf 1 c Et elle accompagnait ces pa-