CHAPITRE QUATRIÈME
rôles de gestes expressifs qui montraient qu'elle allait pouvoir respirer à son aise. Une des sœurs de la Visitation, qui l'aima du premier moment et qui l'avait suivie de près pendant cette courte retraite, se contenta de sourire et lui dit : « Vous avez beau penser et dire que cette vie de la Visitation est ennuyeuse, vous êtes appelée à en vivre, soit que vous reveniez ici, soit que vous restiez dans le monde : votre cœur en a besoin Et même, je ne crains pas de vous le dire, si vous êtes fidèle à la voix de Dieu, vous reviendrez ici, et vous porterez le nom de notre sainte Mère : vou vous appellerez sœur Jeanne-Françoise. » Pressentiment ou prophétie extraordinaire, dont Sabine ne fit alors que rire, et qui devait si tôt sa réaliser de tous points.
Ses hésitations, ses dégoûts spirituels, ses tristesses morales continuant, elle se résolut à faire une autre retraite de huit jours dans une autre communauté, et c'est là qu'elle connut enfin dans la lumière divine que Dieu l'appelait à la vie religieuse et à la Visitation. Comment cette lumière lui fut-elle donnée, par quel moy-'n le Seigneur lui fit-il connaître sa volonté, je l'ignore et nul peut-être, hormis son directeur spirituel, ne l'a su. Mais dès lors son parti fut pris, ses troubles s'évanouirent, la sérénité reparut en son
âme et sur son visage, et elle ne songea plus qu'à réaliser son dessein. Une seule chose altérait sa joie et divisait son cœur, la pensée des combats qu'elle aurait sans doute à soutenir pour qui! ter le monde et sa famille, et des larmes qu'elle laisserait derrière elle. Mais, certaine désormais qu'elle allait où Dieu l'appelait, elle ne songea pas un instant à revenir en arrière, ni à remettre indéfiniment l'exécution de son projet. Elle chercha devant Dieu le moyen le plus convenable et le moins pénible d'avertir ses parents : voici celui qu'elle adopta.
Le jeudi saint de l'année 1858, elle fit prier ses deux frères de se rendre chez leur frère aîné Monseigneur de Ségur, pour une communication grave qu'elle avait à leur faire. Chose étrange, ni l'un ni l'autre n'eut le moindre pressentiment de ce qu'elle allait leur dire. Et pourtant dès qu'ils connurent son dessein , ils ne furent étonnés que d'une chose, de n'avoir pas deviné et compris depuis longtemps le secret de sa vocation. A peine notre frère aîné eut -il ouvert la bouche pour nous apprendre la résolution de Sabine, que mon frère Edgar se leva, alla à elle et 1 embrassant au front lui dit : « Je te remercie de l'honneur que tu fais à notre famille. »
Dieu nous fit la grâce de comprendre et de