‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 34 sur 116 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

bénir cet événement, et si notre émotion fut profonde, elle ne fut pas amère.

Sabine nous dit qu'elle avaitl'intention d'écrire à nos parents une lettre qu'elle laisserait le soir dans leur chambre, afin d'éviter les premières explosions de leur légitime chagrin, peut-être de cruels combats, et pour que la nuit passât sur leur douleur et leurs impressions avant qu'elle les revît. Nous approuvâmes ce parti, et elle nous quitta, pleurante et joyeuse, pourallerécrirecette lettre, lettre admirable, tout humaine et toute divine en même temps, qui a été conservée, et qui restera comme un beau témoignage de ce que son âme renfermait de tendresse pour les siens et d'amour héroïque pour Dieu.

La voici tout entière : c'est la digne préface de sa vie religieuse, dont il nous reste à retracer l'histoire.

« Lundi de Pâques, o avril 1838.

Mon cher Père, ma chère Maman,

Je vous supplie en commençant de lire cette lettre jusqu'au bout, et de vous souvenir avant tout que l'affection que vous devez avoir pour moi doit être chrétienne. — J'ai bien prié Dieu afin qu'il

vous fasse recevoir dans un grand esprit de foi la grande et bienheureuse nouvelle que je viens vous apporter, et que je ne vous ai pas dite plus tôt pour nous éviter à tous des déchirements trop pénibles et trop prolongés : mon bon père, ma bien chère maman, bénissez Notre-Seigneur, car il daigne m'appeler à lui, et j'entre à la Visitation.

Ne croyez pas que ce soit un coup dé tête ou un moment d'exaltation ; ma vocation est sérieuse, elle est toute de Dieu, et pour cela inébranlable. Je le sais, parce que depuis un an que le bon Dieu m'a envoyé ce premier désir, tout ce qui remplissait ma vie jusqu'à présent, cette liberté même de faire tout le bien que je voulais, m'est devenu pénible ; je sens en moi un besoin de me donner uniquement à Dieu que je ne peux satisfaire. Je le sais, parce que dans une question aussi grave, je n'ai voulu rien faire de moi-même : j'ai remis la direction de cette grande affaire entre les mains d'un prêtre, le plus sage, le plus prudent, le plus éclairé, en cette matière, que je connaisse, à l'abbé ***, à qui depuis un an et demi j'ai fait connaître toute la suite de mes impressions et de mes désirs, qui sait notre position de famille, et qui, après un examen sérieux et prolongé, vient enfin.

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