‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 36 sur 116 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

la chair doivent s'effacer devant un tel bienfait! Ne craignez donc pas que je ne sois pas heureuse ; en Jésus-Christ j'aurai, j'ai déjà tout, et si vous conservez encore un doute sur la sincérité de ma vocation, si le sacrifice que je fais de ma profonde tendresse pour vous ne vous suffit pas, considérez que celle que je porte à ma chère Henriette n'a pas non plus le pouvoir de m'arrêter, et dites-moi après cela si ce n'est pas véritablement Notre-Seigneur qui peut ainsi m'élever au-dessus de moi-même pour m'attirer à lui.

J'avais pensé un moment, afin de vous épargner ces tristes jours d'adieux, à quitter le monde sans vous avoir ouvert mon cœur ; mais je n'ai pu résister, malgré la douleur que je vais ressentir avec vous, à vous donner cette dernière consolation ; j'ai compté sur votre foi à supporter ce sacrifice que Dieu demande, et j'ai la confiance qu'en l'acceptant volontairement vous aurez part à la récompense que ces moments d'épreuves vont nous préparer au ciel!

Je vous supplie, mon bon père, ma bonne et chère maman, de ne pas chercher à m'ébranler, car vous me feriez beaucoup souffrir et ma résolution est immuable, puisque je sais que j'obéis à Dieu. Les reproches que vous pourriez adresser à. ma tendresse me seraient un martyre, parce

que je sens combien ils seraient injustes, et que je vous aime tant que je suis obligée de regarder sans cesse No^re-Seigneur, qui seul peut surpasser cette affection, afin de ne pas défaillir à la sainte vocation à laquelle il m'a appelée dans son amour immense !

Je crois que plus ces moments seront abrégés et mieux cela sera ; c'est pourquoi j'ai attendu jusqu'au dernier instant pour vous annoncer cette grande nouvelle, et c'est samedi que je compte accomplir la sainte volonté de Dieu. Aidez-moi à fortifier ma pauvre Henriette ! Je sais que Notre-Seigneur. qui lui envoie cette croix, sera là pour la porter avec elle: aussi c'est en lui que je me remets avec vous tous, et je vous supplie, mon bon père et mabien-aimée maman, de me pardonner si j'obéis à Dieu plutôt qu'aux hommes, et si pour la première fois de ma vie je suis la cause d'un grand chagrin pour vous.

Sabine. »

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