‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 38 sur 116 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

bien des années qu'un long et admirable noviciat. On eût dit que cette vie du cloître, qui lui avait paru si étouffante lors de la première épreuve qu'elle en avait faite, avait toujours été la sienne. Elle en accepta toutes les règles, toutes les mortifications avec une facilité et un air de naturel qui semblaient ne pas laisser de place au sacrifice. Malgré le chagrin de vivre séparée de tout ce qu'elle aimait en ce monde.. la sérénité rayonnait de son âme sur son visage. Elle semblait nager dans la lumière et dans 1 amour, comme un poisson nage dans l'eau Ses nouvelles compagnes l'aimèrent aussitôt comme une sœur et devinrent pour elle une seconde famille, qui cependant ne lui fit jamais oublier la première. Elle resta jusqu'au bout pour son père et sa mère la plus tendre des filles, pour nous tous la meilleure des sœurs et des amies, pour les pauvres une secourable Providence. Elle ne donnait plus, ne possédant rien, maïs elle faisait donner avec une ingénieuse charité qui la suivit jusque dans les bras de la mort.

Le 21 août 1858, quatre mois environ après son entrée au monastère, elle fut admise au noviciat. Jusque-là, elle n'avait été que postulante, vivant de la vie du cloître, en observant les lois,

mais sans aucun lien de conscience, sans aucune obligation de règle ni de costume religieux, spectatrice et témoin plutôt que membre de la communauté. Comme novice, c'était toute autre chose. Une novice est une religieuse commencée, qui fait dans toute son étendue l'expérience de la vie parfaite à laquelle elle aspire : en un mot, c'est une religieuse, moins les vœux qui ne se prononcent que plus tard. Tous les membres de sa famille, présents à Paris., assistèrent à la cérémonie de la prise d'habit, qui marque le passage du postulat au noviciat. Elle reçut le nom de Jeanne-Françoise de Chantai, ce nom vénéré de la fondatrice de la Visitation, dont on célébrait la fête ce jour-là, et elle échangea avec joie les ornements du monde, la robe et le voile de mariée qu'elle avait revêtus, contre l'humble habit des filles de saint. François de Sales. Elle accomplit cette touchante et grave cérémonie avec un recueillement plein de douceur et de sérénité. On voyait que l'esprit du grand saint dont elle venait d'embrasser la règle, était répandu et vivait en elle depuis longtemps, et qu'en prenant l'habit de la Visitation elle n'avait fait que mettre son extérieur en harmonie avec le? pensées et lf>s sentiments intimes de son âme.

Elle écrivait le lendemain à sa sœur ju-

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