‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 39 sur 116 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

melle, retenue loin d'elle par d'autres de- Toirs ■'

Mon Henriette,

Quel jour que celui d'hier, et que j'aurais aimé à te voir à côté de moi 1 maman m'a dit qu'elle t'avait tout raconté ; cela s'est passé du reste bien simplement et pieusement, et toute la famille était à la fois bien émue et bien heureuse. Pour comprendre la douceur de ces fêtes de religion, il faut les avoir vues et goûtées par soi-même, et je ne puis m'empêcher de croire que cela t'aurait consolée en te faisant toucher du doigt que c'est Dieu tout seul qui a amené ce jour de bénédictions.

Me voilà à présent ta sœur Jeanne-Françoise, et je t'assure, mon Henriette, que c'est bien ta même jumelle que ta sœur Sabine ; la seule différence, c'est qu'elle est plus unie au bon Dieu. N'aie donc pas peur, ni pour elle, ni pour toi. qu'elle garde avec elle. Tu me demandes si j'ai pensé à ma petite Henriette I Je crois bien ; j'ai même communié pour elle, pour son premie anniversaire. Je n'ai pas besoin de les tenir dans mes bras pour les aimer, ces pauvres minettes, et Dieu sait si j'ai prié pour elles trois hier!.. Je vais très-bien, il me semble que j'ai

toujours été en novice ; cela ne me gêne pas du tout... Adressez-moi vos lettres : à ma sœur Jeanne-Françoise de Ségur... Adieu, mon Henriette que j'aime encore plus.

Sœur Jeanne-Françoise.

Au moment où sa sœur jumelle, déjà désolée de leur séparation, recevait cette lettre, elle était menacée d'une autre épreuve plus douloureuse encore. Sa seconde fille tomba malade. Bientôt le mal s'aggrava au point de ne plus laisser d'espoir, et l'enfant partit pour le ciel dans le courant de septembre, un mois à peine après la prise d'habit de sa tante, qui était sa marraine et lui avait donné son nom.

Sabine ressentit ce coup comme sa sœur elle-même et put ainsi mesurer, dès le début de sa vie religieuse, l'étendue du sacrifice qu'elle avait fait à Dieu en se séparant à jamais du monde. Elle épancha sa douleur et sa foi dans deux lettres admirables qu'elle écrivit à sa jumelle et que je dois rapporter ici presque dans leur entier. Elles montreront mieux que toutes mes paroles ce qu'il y avait à la fois de tendresse et de force chrétienne dans cette âme où l'amour supérieur de Dieu n'avait fait que développer les affections naturelles, en les transfigurant.

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