CHAPITRE CINQUIÈME
Samedi, 18 septembre 1853.
Mon Henriette,
Je sais tout, je sais que notre petite Sabine bien-aimée est à présent notre chère petite protectrice dans le ciel, que le bon Dieu l'a plus aimée encore que s'il nous l'avait laissée. Mon Henriette, je t'en prie, attache-toi à regarder plus haut que cette chère petite tombe, vois ta Sabine ce qu'elle est réellement, une petite élue de Notre-Seigneur, qui est sûre d'être bien heureuse pour l'éternité. Quelle grâce pour elle, et qu'aurions-nous pu lui souhaiter de plus, nous qui l'aimions tant, nous qui devons l'aimer uniquement dans le bon Dieu ?
Je sens bien ce que tu souffres, mon Henriette ; mais je sais bien aussi quel est Celui qui nous envoie cette croix; je sais que >Totre- Seigneur ne nous quitte pas d'un instant depuis qu'il nous a visités de si près ; je sais que tu n'as qu'à l'appeler pour qu'aussitôt il te console et te montre que sous cette épreuve il a réservé une grâce infinie d'amour, d'abord pour notre chère petite, puis pour nous-mêmes qui serons heureux et glorifiés avec lui à proportion de ce que
nous aurons souffert avec lui... Je prie notre Sabine, qui est si près de Dieu, d'aider à son tour ceux qui ont tant prié pour elle. Que nous sommes heureuses dans nos souffrances d'avoir notre bon Sauveur Jésus, qui compte chaque larme pour nous les rendre au centuple un jour 1 Sois bien généreuse, bien chrétienne, mon Henriette,! Prie beaucoup , regarde les choses ce qu'elles sont vraiment dans le bon Dieu; rappelle-toi que la mort de cette chère enfant n'est pour elle que le passage à une vie bienheureuse.
Nous prions toutes ici pour toi. Pour moi, je ne fais qu'une prière depuis ce matin ; je vous donne avec moi à Notre-Seigneur, afin que nous trouvions la vie, la force, l'amour dans cette croix. J'offre mon sacrifice, j'offre le tien en même temps ; j'envoie la sainte Vierge te consoler, elle qui a voulu perdre son Jésus pour nous soutenir dans nos mêmes douleurs
Je m'arrête, mon Henriette ; j'ai le cœur
si brisé que je ne peux te dire ce que tu ne comprends que trop. Mais, dans ma douleur, je bénis Notre-Seigneur et je m'unis au Te Deum que les anges chantent dans le ciel pour la venu» de notre bien-aimée petite Sabine. Embrasse pour moi ses chères petites sœurs, qu'elle protégera dans le ciel.