‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 4 sur 116 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

fant embrasser son image dans un miroir.

Elles avaient dix-huit mois quand la Révolution de juillet éclata. Un épisode du départ du roi Charles X se mêle dans ma pensée au souvenir de celle que je pleure et dont je raconte l'histoire. Le château des Nouettes es».' situé près de la grande route de Paris à Cheibourg : le parc s'étend jusqu'à cette route par une longue prairie. Un matin, comme nous étions à jouer dans cette prairie, nous vîmes arriver un nombreux cortège, des voitures attelées de six chevaux, escortées par des troupes. C'était le roi Charles X qui poursuivait lentement son voyage jusqu'à Cherbourg où il devait s'embarquer pour l'Angleterre. Il avait couché la nuit précédente au château de Laigle, et s'en allait d'étape en étape vers le lieu de son exil.

Ce dernier passage du dernier roi de France me frappa vivement. Un des officiers généraux qui escortaient le Roi s'arrêta un moment pour causer avec nous, et caressa nos sœurs dont la ressemblance l'étonna. Peut-être le vieux Roi lui-même, en voyant ces enfants, qui sans comprendre le regardaient passer, leur jeta- t-il un sourire, dernier et triste rayon de ce noble soleil couchant. Ce défilé à pas lents, sorte de convoi

funèbre de la plus ancienne des monarchies, était empreint de tristesse et de majesté. Ce n'était pas ne fuite, c'était un départ et un départ de roi. Depuis, hélas l en Europe comme ailleurs, on a vu des rois et des princes partir autrement.

L'enfance de Sabine s'écoula dans l'innocence, la paix et le travail. Comme toutes les histoires heureuses, l'histoire de cette première période de sa vie est courte et peut se résumer en quelques mots. Dès l'âge de six ans, elle travailla et apprit beaucoup. Huit mois passés chaque année dans la joie, l'air pur et les jeux vivifiants de la campagne compensaient pour elle la fatigue résultant des longues heures consacrées à l'étude. Elle montra, dès l'enfance, une intelligence vive, un esprit enjoué, plein de naturel et de saillies, beaucoup de douceur, une grande tendresse de cœur, et par-dessus tout cette simplicité parfaite, la plus aimable des qualités, qui fait valoir toutes les autres, et qui, jusqu'à la fin, répandit sur toute sa personne un charme inexprimable.

Rien ne faisait prévoir, dans ces premières années de sa vie, qu'elle dut s'élever un jour à l'éminente piété qui fit d'elle un ange dans le monde et une sainte au monastère. Jusqu'à sa

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