CHAPITRE CINQUIÈME
Que Louise me donne de tes nouvelles, mon Henriette, si tu ne peux écrire.
Ta chère sœur,
Jeanne Françoise.
Voici sa seconde lettre, datée du surlendemain, 20 septembre.
Mon Henriette bien-aimée,
Depuis que le sacrifice est consommé, je suis sur la c:<)ix avec toi, mais je te tiens si fort avec moi et i ous sommes là si près de notre Jésus, que je sens bien que je te décharge en te communiquant la force divine que j'y puise. Nous avions vésu jusqu'ici du bonheur de la terre; mais ce n'est pas celui-là que Notre-Seigneur nous destine, il nous aime bien autrement que cela. Voilà qu'il prend d'abord avec lui nôtrepetite Sabine, et que pour toujours cette chère enfant bien-aimée sera heureuse et assurés d'être où nous désirons tous arriver un jour- Quelle grâce pour elle, mon Henriette! Fais comme moi et oublie-toi pour l'aimer uniquement en Dieu. Dans le ciel, ce pauvre ange voit bien que ce que je te dis est vrai, et elle com-
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prend que ceux qui l'aiment le plus sont ceux qui se réjouissent avec elle
Te le dirai-je ? Au milieu de ma douleur, je trouve dans la vérité de Nôtre-Seigneur qui me fait comprendre la grâce immense cachée sous cette croix, je trouve la force de bénir Dieu pour notre cher ange. Je suis presque heureuse au milieu de cette peine déchirante, parce que je vois quels jours de sanctification ces jours-ci seront et sont déjà pour nos âmes. Je comprends que Notre-Seigneur nous aime beaucoup plus en nous appelant à son calvaire qu'il ne nous avait aimés jusqu'alors. Je vois surtout que lui, qui ne se laisse jamais vaincre en amour, nous rend et nous rendra au centuple ce sacrifice amer quil nous demande.
Le matin, notre bonne Mère m'a lu, en fondant en larmes d'émotion, ta lettre où tu te réjouissais avec moi (sans doute d'un de ces mieux apparents et momentanés qui précèdent la mort). Cela m'a bien fait souffrir, tu comprends, ma pauvre Henriette; mais j'ai vite couru tout jeter dans les bras de Notre-Seigneur, je sentais qu'il était là qui recueillait nos larmes, car je lui donnais les tiennes et celles d'Armand avec les miennes ; je voyais aussi qu'il me communiquait une force toute divine, afin que tu sois