‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 42 sur 116 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

fortifiée par moi, et je me consolais en buvant le calice pour nous trois.

Je ne suis pas seule ici, et plus que jamais la Visitation est de notre famille ; toutes souffrent et prient avec moi, comme si l'épreuve était pour elles toutes. Notre Mère, ma bonne sœur la déposée que tu connais, ma sœur M*** m'entourent, me comprennent, te comprennent aussi, et c'est bien elles, mon Henriette, qui sont notre force dans le bon Dieu. Elles sont affligées comme si tu étais leur sœur, et tu l'es en effet, car c'est d'ici qu'on peut dire qu'on ne fait qu'un cœur et qu'une âme.

J'espère que j'aurai une lettre demain;

du reste, je demeure avec toi, ma pauvre Henriette, et je me suis chargée de t'aider devant Dieu qui ne me refuse rien, en ces jours où je m'immole toute à Lui! ... Dieu soit béni! Je ne te dis pas adieu, car je ne te quitte pas, et tu as bien raison de dire que jamais nous ne nous sommes tant aimées, parce que le bon Dieu est bien plus encore avec nous dans cette union

Prie bien, mon Henriette !

Ta chère sœur,

Jeanne-Françoise.

Il y a des larmes qui brûlent les yeux ; il en est d'autres plus douces qui les rafraîchissent. Ce sont de ces dernières que la pauvre Mère répandit en recevant ces deux lettres de sa sainte sœur. Ces pages, sorties d'une âme angélique, et qui semblaient descendues du ciel, la consolèrent autant qu'elle pouvait être consolée. Si, parmi les personnes qui liront cette histoire, il en est qui pleurent aussi près d'un berceau vide., j'espère et j'ai la confiance qu'elles y trouveront comme elle quelque douceur et quelque soulagement à leur peine.

Ce douloureux événement eut un autre résultat plein de consolations. Jusque-là, la sœur de Sabine n'avait pu prendre entièrement son parti de cette vocation qui les avait séparées, et elle était tentée d'y voir quelque chose comme une désertion. De ce jour, tout changea d'aspect à ses yeux, elle envisagea les choses à leur véritable point de vue : elle comprit, en mêlant ses larmes à celles de sa sœur, que rien n'était changé entre elles, que leurs âmes étaient toujours unies autant que deux âmes peuvent l'être ici-bas, et qu'en se donnant tout entière à Dieu, Sabine lui restait cependant tout entière aussi dans la plénitude de sa tendresse et de soa dévouement.

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