‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 45 sur 116 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

II accorda donc à Sabine la grâce qu'elle, lui demandait avec une si instante charité , et ï humble sœur converse lui en conserva une reconnaissance qui le suivit jusqu'à sa mort et par delà le tombeau.

Par une de ces attentions délicates que leur inspirait sans cesse la charité, les supérieures de Sabine voulurent la faire peindre en costume religieux et envoyer son portrait à sa famille pour le moment de sa profession. Une de leurs anciennes élèves, peintre distingue, se chargea de ce travail qui fut conduit secrètement et qui réussit à merveille. Quand il fut achevé, Sabine pria son père et deux de ses frères alors à Paris de venir au monastère. Arrivés au parloir, la supérieure, qui se trouvait avec elle de l'autre côté de la grille, fit apporter le portrait dont la ressemblance leur parut frappante. C'était bien son regard doux et voilé, son angélique physionomie, et ce demi-sourire qui ne la quittait presque jamais et qui répandait sur tout son visage comme un reflet du ciel. Plus d'une fois ce regard et ce sourire, contemplés parle pauvre père du fond du fauteuil où le retenaient ses infirmités, le consolèrent un peu de l'absance de sa chère fille.

Le 4 décembre Sabine entra en retraite. La

veille elle avait écrit à sa sœur jumelle, toujours retenue en Bretagne, la lettre suivante que je me plais à rapporter comme les précédentes, parce qu'elle la fait paraître et parler elle-même dans son aimable et tendre simplicité

Paris, 3 décembre 1850, samedi.

Ma bonne Henriette,

C'est toi qui auras ma dernière lettre avant ma profession ; car j'entre en retraite demain soii et je n'en sortirai qu'après le grand et bienheureux jour, jeudi prochain. La veille, 7 décembre, sera l'anniversaire de ton mariage ; et moi, le jour même de l'Immaculée Conception de la Sainte Yierge, je serai aussi unie pour jamais à Notre-Seigneur Jésus-Christ ; à mesure que le moment approche, je sens un calme qui vient de Dieu ; je comprends que nul effort de l'homme n'est capable de préparer à une telle action. Die'\ donne à l'âme un sentiment si profond et si vrai de son néant et de son indignité, qu on. n'a qu'une chose à faire, s'abandonner totale-

Page 1