‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 46 sur 116 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

ment à sa grâce et ne penser qu'à l'aimer et à se laisser aimer par lui.

Au moment de ma profession, mon Henriette, c'est toi, c'est Armand, ce sont mes chères petites, que je nommerai surtout au bon Dieu. Ce jour-là, où Notre-Seigneur ne me refusera rien, je demanderai pour vous tout ce que j'ai déjà demandé tant de fois dans ma vie ; je veux que Notre-Seigneur, qui nous a toujours unies toutes deux, nous unisse encore davantage en ne faisant qu'une âme de nous deux, qu'il te prenne avec moi, et ce qu'il me fait visiblement, qu'il le fasse invisiblement en toi. Crois-le, ma bonne Henriette, ce jour que tu redoutes tant, c'est pour toi comme pour moi le grand jour des bénédictions de Notre-Seigneur. Aussi, ne pense qu'à le remercier avec moi. et dis-toi que je suis bien heureuse

Vous seuls serez loin de moi, car toute la famille viendra. Mon père, à qui j'avais demandé de ne pas venir de peur que cela ne l'impressionnât, le veut absolument... C'est huit heures et demie que la cérémonie commencera. Un peu avant, mon père et maman viendront me voir afin que je puisse leur demander leur bénédiction. Gaston dira ensuite la sainte Messe, et je pense que tout finira vers

dix heures an quart. Gaston aura la chasuble qui a été faite avec ma robe de moire blanche de ma pri^e d'habit. Maman l'a fait broder en or fin pour mon cadeau de profession ; c'est un superbe ornement. Le petit Pierre quêtera pendant la messe... Je pense bien que tu seras clouée dans ta chambre, ma pauvre Henriette ; mais si tu ne peux aller à l'église ce jour-là, le bon Dieu ne t'en écoutera pas moins et je sais bien que tu ne me quitteras pas. J'ai dans ma cellule le beau crucifix en ivoire que tu m'as donné : tous les soirs je prie devant en pensant à toi.

-< On doit envoyer la veille mon portrait à

la maison : je voudrais que tu le visses, il est si ressemblant : tu pourras le faire copier quand

tu viendras à Paris

Je voulais t'envoyer, pour le jour de ma profession, de petits souvenirs que notre Mère a

bien voulu me donner pour toi et les enfants

Mais je retarde un peu l'envoi, parce que je veux faire moi-même pour le cher petit qui va naître une petite chemise et une couche avec la chemise de toile très-douce que je porterai le jour de ma profession ; je désire que tu les lui

mettes pour son baptême N'est-ce pas que

cela te fera plaisir et que tu le garderas toujours ?

Page 1