‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 51 sur 116 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Je n'ai pas besoin de rappeler longuement ici ce qu'est l'ordre de la Visitation. Saint François de Sales en fut le fondateur, sainte Jeanne de Chantai la Mère et la première supérieure. Le doux évêque de Genève fit passer son angélique suavité dans la règle de ce nouvel ordre religieux. Il demanda et obtint de ses filles une obéissance absolue dans un parfait amour, la joie spirituelle dans une continuelle mortification de l'esprit, la paix et la victoire incessantes dans un incessant combat. Il voulut que les sœurs de la Visitation s'épanouissent comme des fleurs du paradis dans la pauvreté, dans l'humilité, dans la charité de Jésus-Christ, et qu'elles répandissent autour d'elles et bien au delà des grilles de leur cloître la bonne odeur des mystiques vertus.

Le monastère d'Annecy en Savoie fut la première maison du nouvel ordre, sous la direction de Mm,; de Chantai, qui y amena avec elle ses

deux filles. Nulle histoire n'est plus belle et n'a été plus odieusement dénaturée que celle de l'entrée en religion de cette femme incomparable. Les impies ou les ignorants disent et croient peut-être qu'elle abandonna ses enfants pour aller s'ensevelir et les oublier au fond d'un cloître. Elle fut, au contraire, le modèle des mères, comme elle avait été le modèle des épouses. Veuve, elle garda son fils auprès d'elle bien au delà de l'âge où les jeunes garçons restaient d'ordinaire confiés aux soins de leurs mères. Ce fut seulement quand il eut quatorze ans, et qu'il fallut le laisser partir pour commencer sa carrière militaire, qu'elle songea à suivre l'appel que Dieu lui avait depuis longtemps adressé. Le désespoir qu'il témoigna quand sa mère le quitta est sans doute le prétexte et le point de départ de toutes les calomnies dont on a cherché à flétrir la mémoire de la sainte veuve. Jusqu'à sa mort, il lui conserva et lui témoigna une tendresse passionnée.

Quant aux deux filles de Mme de Chantai, comme je viens de le dire, elle les emmena avec elle à Annecy : ce furent les premières élèves de la Visitation. L'aînée épousa un jeune frère de saint François de Sales : devenue veuve après un an de mariage, elle alla rejoindre sa

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