CHAPITRE SIXIÈME
mère au couvent et mourut bientôt entre ses bras. Mme de Chantai en eut un tel chagrin, qu'au moment où sa fille expira, elle tomba sans connaissance, et qu'elle fut quelque temps entre la vie et la mort. Sa seconde fille grandit près de sa mère et ne la quitta que pour se marier.
J'ajoute que sainte Jeanne de Chantai en quittant le monde abandonna à ses enfants toute sa fortune et même son douaire, et qu'elle entra absolument pauvre dans l'ordre qu'elle fondait. Voilà comment savait aimer et se dévouer cette sainte femme dont on a voulu faire un type d'égoïsme et d'indifférence monacale. La Visitation resta toujours fidèle à son esprit, et l'on voit qu'en gardant à ses parents sa tendresse ardente et dévouée, Sabine ne faisait que continuer les traditions de celle dont elle portait le nom vénéré.
Les jeunes filles élevées au couvent de la Visitation de la rue de Vaugirard n'étaient pas assez nombreuses pour que toutes les religieuses dussent s'occuper d'elles. Sabine ne fut pas employée d'abord au pensionnat. Sa part de vie active fut absorbée presque entièrement par la correspondance de la communauté, dont la supérieure lui confia le soin. Les couvents de la Visitation ont une seule et même règle, un seul
»v» SABINE DE SÉGUR
et même esprit ; mais ils n'ont pas de supérieure générale. Chaque maison forme un tout complet, indépendant des autres. Mais la règle établie par le saint fondateur est si scrupuleusement observée dans toutes et son esprit est partout si vivant, que l'unité la plus complète règne entre tous les monastères. A ces liens spirituels et souverains de la règle et de l'esprit, les membres de cette grande famille ajoutent celui d'une correspondance assidue. Chaque communauté ' est en union avec toutes les autres par la relation suivie de ce qui se passe d'édifiant dans son sein, par le récit des faits spirituels ou temporels qui l'intéressent, par le compte-rendu des saintes vies et des saintes morts dont elle est le théâtre et le témoin. C'est donc une tâche importante et considérable à la Visitation, que celle de secrétaire de la supérieure , et Sabine s'y consacra ; ï ndant près de deux ans avec autant de zèle que de succès. Elle ne l'abandonna que quand sa vue, de nouveau affaiblie, l'obligea de prendre des ménagements qui malheureusement ne suffirent pas à la remettre.
Alors, elle dut s'occuper principalement du pensionnat. Elle fut chargée de l'instruction religieuse des enfants, et tant que ses forces le lui permirent, elle se dévoua avec bonheur à ce