‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 53 sur 116 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

saint ministère. Parler de Jésus-Christ était sa plus grande joie, et elle en parlait avec autant de douceur que d'énergie. Simple, familière et profonde à la fois dans ses instructions, elle savait les mettre à la portée des plus faibles intelligences, ou plutôt elle savait élever ces petites âmes jusqu'à la hauteur des mystères qu'elle leur enseignait. Son enjouement naturel bannissait l'ennui de ses leçons, et Dieu, qui débordait de son cœur, se répandait dans ses paroles pour les rendre agissantes et fécondes. A l'approche de la première communion, elle redoublait de soins et d'ardeur. Elle n*avait qu'à se souvenir pour peindre en traits vivants les transports de l'âme qui s'unit pour la première fois à son divin Sauveur.

Les enfants, malgré l'étourderie naturelle à leur âge, l'écoutaient avec bonheur, parfois avec ravissement. Un jour, après une instruction sur la Messe, plusieurs élèves qui jusque-là avaient mis de la paresse et de la mauvaise volonté à se lever pour assister chaque matin au Saint-Sacrifice , vinrent trouver la sœur directrice du pensionnat et lui dirent : « Ma sœur Jeanne-Françoise vient de nous faire une instruction si belle sur la Messe, que nous ne voulons plus y manquer. Nous n'avions pas encore

compris la grandeur et la beauté de la Messe : désormais, vous le verrez, ma sœur, nous ne nous ferons plus prier pour nous lever. ■» Et elles tinrent parole.

En parlant d'elle, elles l'appelaient la sainte. Elles trouvaient tant de charme à la voir prier qu'elles disaient naïvement aux autres religieuses : a Quand ma sœur Jeanne-Françoise fait la prière pour notre mois de Marie, nous sommes tentées de nous retourner de son côté et de la regarder plutôt que l'autel. Elle a l'air si pénétré, si angélique, que cela fait du bien à l'âme et qu'on ne peut s'empêcher de prier avec elle. »

Comme l'exercice lui était recommandé pour sa santé, on lui donna pendant quelque temps la charge de balayer la cour et le parloir du cloître Une élève, toute jeune, la voyant un jour d'une fenêtre se livrer à cette occupation, en fut outrée d'indignation et de colère. Elle s'écria, frappa du pied. On voulut la faire rentrer, la faire taire. L'enfant s'irritait et criait de plus en plus fort : « C'est injuste! c'est injuste! — Mais, lui dit sa maîtresse, ce n'est pas une punition. Ma sœur Jeanne-Françoise est heureuse de nettoyer la maison du bon Dieu. — Je crois bien, répliqua la petite fille qui comprit

Page 1