‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 65 sur 116 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

blement des gâteaux et des bonbons qu'elles faisaient elles-mêmes, mais dont elles ne mangeaient pas.

Comme elle pensait à ses parents, Sabine pensait à ses pauvres. Elle leur restait unie par la prière et par la charité. Avec la permission de ses supérieures sans lesquelles rien ne se peut faire à la Visitation, elle leur écrivait, les encourageait du fond de son monastère, et ne pouvant plus donner, elle leur faisait donner par ceux qui n'avaient pas comme elle contracté une alliance indissoluble avec la pauvreté. Il est des personnes qu'elle a fait vivre ainsi pendant des années par le double secours de son affection et de ses aumônes, et qui sans elle seraient mortes de désespoir et de misère. Rien ne l'arrêtait quand il s'agissait de venir en aide à quelqu'un de ces malheureux déshérités des biens de la terre. Elle écrivait, quêtait, implorait, se faisait mendiante pour l'amour de Jésus-Christ. Ces démarches lui coûtaient beaucoup : « Allons , disait-elle en soupirant à la sœur qui lui servait de secrétaire quand ses yeux lui refusaient leur office, allons, il faut nous mettre à l'œuvre et écrire plusieurs lettres pour secourir une malteureuse famille. Il m'en coûte bien , mais n'importe, il faut faire cela pour Notre-Seigneur.

Cela nous vaudra bien une bonne oraison. » Le nombre des aumônes qu'elle obtint ainsi, pendant son séjour à la Visitation, est incalculable. Elle était ingénieuse à saisir toutes les occasions pour demander et faire donner. Aucun heureux événement ne se passait dans la famille sans qu'elle s'y associât à la fois par son action de grâces et par une demande pour les pauvres. Son père avait l'habitude, quand elle était dans le monde, de lui donner de l'argent pour ses étrennes. Entrée au couvent, elle le pria de vouloir bien lui continuer ces étrennes dont elle avait plus besoin que jamais, n'ayant plus à donner que ce qu'on lui donnait à elle-même. Son père y consentit de grand cœur, et jusqu'à sa mort, il lui apporta au jour de l'an son tribut accoutumé, sans compter tous ceux qu elle prélevait sur lui pendant le cours de l'année.

Mais au-dessus des secours temporels, elle plaçait toujours les intérêts spirituels de ceux auxquels elle s'intéressait. Un jeune homme avait obtenu par ses démarches et le concours bienveillant d'un des membres de sa famille, une place dans une compagnie de chemin de fer. Elle en fut d'abord toute joyeuse, mais elle apprit bientôt que le nouvel employé était tellement occupé qu'il se trouvait dans l'impossibilité

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