‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 68 sur 116 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

cœurs à travers les grilles de son cloître I Que de petites blessures elle adoucit par l'huile de sa charité, que d'irritations elle apaisa, que de malentendus elle fit cesser, que de fardeau* île prit sur elle-même pour en décharger les épaules fatiguées de ceux qui venaient lui confier leurs peines 1 Comme un ange du Ciel, elle avait le don de mêler le baume des consolations divines à toutes les misères humaines dont sa compassion attirait la confidence, et de relever les cœurs languissants sous le poids des fautes ou des difficultés de la vie.

C'était pour elle une joie très-vive d'inviter de loin en loin à déjeuner à la Visitation, avec la permission de ses supérieures qui prévenaien toujours ses désirs, son père, sa mère, ou quelqu'un de ses frères et sœurs. Ces jours-là, on dressait la table dans un des parloirs, tout près de la clôture. Les sœurs faisaient passer les plats par le tour placé dans un des coins de la salle, et Sabine assistait à travers la grille à ces modestes et gais repas qui lui rappelaient sa douce vie de famille.

Ce n était pas tout encore ; une joie plus grande, une réunion plus intime lui étaient données presque tous les ans. La règle de îa "Visitation permet que les bienfaitrices du mo-

nastère soient admises à faire des retraites dans la maison. Ma mère usait aussi souvent que possible de cette permission. Chaque année elle allait s'enfermer pour quelques jours avec sa fille. Elle habitait une cellule voisine de la sienne, l'accompagnait au chœur, au réfectoire, à la plupart des exercices de la communauté ; enfin elle passait avec elle la plus grande partie de ses journées. C'était pour la mère et la fille une joie pure et sans mélange, et quoique ces retraites ne puissent pas être mises pour l'une ni pour l'autre au compte du sacrifice et de la pénitence, je suis assuré que ces jours-là, le divin Fils de Marie laissait tomber sur son épouse des regards cléments et satisfaits. Quand la sœur jumelle de Sabine venait à Paris, elle faisait à la Visitation des retraites du même genre, et les deux sœurs se retrouvaient pour quelques instants couchant sous le même toit et vivant de la même vie, comme aux jours déjà lointains de leur enfance.

Une des personnes chères qui venaient le plus souvent au parloir de la Visitation, qui y restaient le plus longtemps et s'y plaisaient davantage, son bon père, cessa le premier d'y paraître. Frappé d'accidents successifs qui rendaient sa marche pénible et chancelante, il

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