CHAPITRE SEPTIÈME
continua à se faire conduire en voiture , aussi souvent que ses forces le lui permettaient, à cette aimable maison où il retrouvait n&n-seulement sa fille, mais une famille tout entière. Il y fit sa dernière visite au mois de juin 1863. Quinze jours après, se trouvant chez un de ses frères, à la campagne, où il avait été chercher un peu de fraîcheur et de repos, il fut atteint d'une violente attaque d'apoplexie. Avant de songer au médecin, il demanda le prêtre, reçu les sacrements en pleine connaissance, avec une foi vive, une grande sérénité, et rendit son âme à Dieu le 16 juillet, à quatre heures du matin, Sabine, avertie de sa mort en même temps que de sa maladie, le pleura comme une fille pieuse pleure un père chrétien et tendrement aimé, avec une douleur pleine d'espérances et de consolations immortelles. Elle pria, fit beaucoup prier pour lui, et son souvenir ne la quitta jamais jusqu'au jour où elle alla le rejoindre dans l'éternité.
En même temps que ses parents et ses pauvres, j'ai dit qu'un autre intérêt attirait encore Sabine au parloir : l'intérêt souverain du salut des âmes. Le salut des âmes la dévorait, elle en avait soif comme le Sauveur sur la croix. Les limites du cloître ne pouvaient contenir cette
ardeur; elle débordait au dehors, et par ses prières d'abord, puis par ses lettres, enfin par ses paroles, eiie cherchait à agrandir incessammenî le royaume de Dieu en ce monde et son règne dans les âmes. Une grande partie du temps qu'elle passait au pied du Saint-Sacrement était employée à prier pour la gloire de l'Église et pour la conversion des pécheurs. Elle pleurait, elle souffrait pour les pécheurs, elle les poursuivait devant Dieu avec une infatigable énergie. Jusque dans les bras de la mort, elle offrait encore ses souffrances, ses douloureuses insomnies, les heures de son agonie et ses prières suprêmes pour les âmes qui lui avaient été recommandées. Je me contenterai de citer un e temple de ce zèle admirable qui fut un des traits distinctifs de sa foi, et de cette persévérance qui ne lui laissait abandonner une âme pécheresse que lorsqu'elle l'avait ramenée à Dieu. Elle avait conservé une véritable affection pour son vieux maître de dessin, qui était depuis bien des années l'ami de sa famille. Cet excellent homme offrait un singulier mélange de qualités et de défauts contradictoires. Il avait du cœur et de l'esprit, l'inteUigencevive de son art : il tenait à la fois du véritable artiste et du plaisant d'atelier. Il contait gaiement, souvent avec esprit, et médisait sans le savoir