‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 70 sur 116 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

des gens même qu'il aimait. Il pleurait au récit d'une belle action, à la vue d'une belle œuvre. Rempli de préjugés contre les nobles et les prêtres en général, il les aimait en détail et se plaisait fort dans leur compagnie : révolutionnaire qui prenait son fusil et son uniforme de garde national pour défendre l'ordre, blâmant les actes du gouvernement dont il redoutait la chute ; croyant aujourd'hui, incrédule demain, suivant les personnes qu'il avait vues, l'article de journal ou le volume qu'il avait parcouru dans la matinée, au fond cependant hostile à l'Eglise dont il avait quitté les pratiques depuis sa jeunesse, un de ces hommes honnêtes, bons et incompréhensibles, qu'on peut amener assez facilement à la porte du sanctuaire, mais qu'il est presque impossib'e d'y faire entrer et surtout d'y retenir.

Sabine s'attacha à la conversion de ce pauvre homme qu'elle aimait avec une tendresse et une persévérance admirables. Prières, souffrances offertes à Dieu, longs entretiens au parloir, correspondance assidue , elle n'épargna rien. Il l'écoatait avec déférence et attendrissement, pleurait, lui témoignait une affection sincère et pleine d'admiration, ne parlait d'elle que les larmes aux yeux ; mais il lui opposait la résis-

tance invincible de l'inertie, ou plutôt les résolutions qu'il prenait devant elle s'évanouissaien dès qu'il retrouvait ses mauvais amis et ses mauvais journaux. Enfin, la maladie aidant, il céda, se confessa et communia plusieurs fois avant de mourir. Il conservait religieusement les nombreuses lettres de Sabine et les relisait souvent et toujours avec émotion. Je crois devoir en citer plusieurs qui ont été retrouvées chez lui. Elles feront assister le lecteur à ce siège émouvant d'une âme poursuivie pendant près de dix ans avec des alternatives de revers et de succès, et elles montreront une fois de plus, dans leur douceur et leur force, les grandes qualités qui distinguaient Sabine et la rendaient presque irrésistible dans ses saintes entreprises.

3 aoûHSSS»

Cher Monsieur,

Ce n'est pas dans une des plus douces et plus solennelles circonstances de ma vie que je pourrais vous oublier : je viens donc vous annoncer que le 21 de ce mois, je prendrai le saint Habit, c'est mon frère qui se chargera de me le donner. J'ignore si vous serez alors à Paris, mais je suis

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