‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 7 sur 116 · CHAPITRE PREMIER ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER ii

enfants, qui remplit de douces larmes les yeux des mères, et qui réveille dans les âmes sorties de la jeunesse et gravitant vers les sommets dénudés de la vie, des souvenirs mêlés de larmes et de rayons ! Quand les jeunes filles attentives et impatientes à la barrière du parc, voyaient enfin la voiture qui amenait leurs frères apparaître au haut de la côte, au détour de la grande route, quels cris de joie, quelle course précipitée au-devant des voyageurs, quels transports d'allégresse ! Comme on s'embrassait, comme les têtes, les baisers se confondaient ! Comme on parlait tous à la fois! comme on se disait mille et mille choses sans écouter, sans entendre, pour le seul plaisir de répandre au dehors, par la bouche comme par les yeux, les flots de joie qui remplissaient le cœur 1 Avec quel enchantement nous reconnaissions chacune des allées, chacun des arbres du parc, chacune des briques de la maison paternelle ! Et quelle pure ivresse les premiers soirs, de s'endormir en vacances, de se réveiller en vacances les premiers matins ! 0 charme des jours passés! ô joies que rien négale plus tard et que rien ne remplace! Votre souvenir ne fait que croître dans l'âme à mesure qu'on s'éloigne de vous, comme 6les ombres s'allongent sur l'herbe de la prairie ,

i2 SABINE DE SËGUR

à mesure que le soleil baisse vers l'horizon „ Hélas ! ce nid joyeux où personne ne manquait en ces premiers temps que je raconte, où chacun répondait à l'appel de tous, ce nid peu à peu s'est dépeuplé. Une nouvelle génération y chante à son tour, entre celle d'hier et celle do demain. De tous ses heureux hôtes, Sabine s'est envolée la première pour l'éternelle patrie. C'est justice : elle était la plus pure et la meilleure, elle devait retourner avant les autres à cette maison paternelle dont celles d'ici-bas ne son? que l'imparfaite et passagère image.

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