‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 8 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La première communion est une époque ïa portante dans toutes les existences. Dans celle de Sabine, ce fut un acte décisif. Il donna à sa vie une direction qu'elle suivit toujours avec une admirable fidélité. Depuis ce jour, l'amour \avant et immortel s'empara de son cœur et ne le quitta plus, et elle put dire en toute vérité avec l'apôtre: « Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. »

Elle se prépara à cette grande action avec un soin extrême et tfhe délicatesse de conscience qui ne tarda pas à dégénérer en scrupules. Elle suivait les catéchismes, si bien dirigés dès cette époque, de la paroisse de Saint-Thomas-d'Aquin, faisait à la suite de chaque instruction de longues analyses auxquelles, contrairement à l'usage, elle travaillait seule, et dirigeait toutes ses pensées, toutes les forces de son intelligence et de son cœur vers cet acte premier et suprême de la vie chrétienne.

La retraite préparatoire à la première communion fut pour elle ce qu'elle devrait être pour tout le monde, l' avant-goût du festin céleste et comme le vestibule du paradis. Par les exercices extérieurs, et plus encore par le mouvement intérieur d'une forte volonté et d'un grand amour, elle sortit du monde, de la famille, d'elle-même pour se préparer à entrer en Dieu. Qu'on me pardonne un souvenir personnel qui, lorsqu'il me revient à l'esprit, me remplit encore d'émotion. La veille du grand jour, je la vis entrer dans ma chambre. Elle se jeta dans mes bras en me disant : « Pardonne -moi! » et fondit en larmes. Je ne pus retenir les miennes, et je lui dis : « Prie pour moi! » Si je m'étais écouté, je me serais mis à genoux devant elle. Elle avait été une des joies les plus pures de ma jeunesse, je ne crois pas que jamais elle eût causé à aucun de. nous l'ombre d'une peine, même involontairement : c'était un ange de douceur et de bonté, et elle me demandait pardon avec la naïve humilité et le repentir attendri d'une pécheresse. Depuis que Jésus-Christ, la sainteté éternelle et substantielle, est mort pour les péchés du monde, l'Église établit ainsi un divin système de compensation entre les innocents qui pleurent sans avoir péché, qui demandent pardon sans avoir offensé,

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