CHAPITRE VIII
J'ai dit précédemment que Sabine avait été tourmentée, surtout dans les premiers temps de sa vie religieuse, du désir de la pénitence et de la mortification corporelle, qu'elle pleurait par moments de vivre sans souffrances et sans humiliations, et que ses supérieures avaient dû plus d'une fois combattre chez elle cette austère tendance peu conforme à l'esprit de la Visitation. Parmi les écrits assez nombreux qu'on trouva après sa mort, il en est un qui me paraît tout à fait remarquable par la connaissance des voies divines qu'il décèle, et par le pressentiment qu'il renferme des épreuves qui l'attendaient dans les dernières années de sa vie1. C'est l'abrégé de
1. Note de l'auteur. — J'avais d'abord eu la pensée d'insérer dans le corps de mon récit ces écrits de ma sœur qui sont du plus haut intérêt. Mais j'ai craint d'entraver et d'allonger outre mesure cette histoire, et je me suis décidé à les publier, sous forme d'appendice, à la fin du volume. Le lecteur pieux y trouvera des sujets de méditation qui me semblent vraiment .(Jrni* rableï.
quelques conseils que son Directeur lui avait donnés ds vive voix au parloir et quelle avait rédigés de mémoire après sou départ, pour les pouvoir relire et méditer à son aise.
« Ma chère enfant, il y a des âmes que la souffrance mène à Jésus; mais vous, c'est Jésus qui vous mènera à la souffrance et à tous les états par où il a passé. Jésus est non-seulement votre fin», mais encore votre voie. Il faut que vous soyez Jésus ; il veut être en vous, continuer sa vie en vous et par vous. Tout ce que vous avez à faire, c'est de vous perdre en Jésus, d'être Jésus dans vos paroles, Jésus dans vos actions, Jésus dans la prière. Gardez-vous bien de sortir de cette voie sous aucun prétexte que ce soit. Vous n'avez qu'à laisser faire Jésus en vous , à le suivre quelque part qu'il vous mène, que ce soit au Thabor ou au Calvaire, que vous soyez consolée ou désolée, n'importe; laissez vous mener où Jésus voudra et n'ayez pas d'autre mouvement que celui qui vient de Jésus Jésus ne
vivait que pour faire la volonté de son Père ; c'est cette même vie qu'il veut continuer en vous. Vous n'avez qu'à le suivre de moment en moment, et qu'il puisse dire par vous en toutes choses : « Je fais la volonté de mon Père.... » Laissez faire le temps, mon enfant ; vous ae