‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 81 sur 116 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

inutile maintenant, dit-elle, et il est contraire à la pauvreté que je le garde. » Quand elle avait besoin d'une feuille de papier ou d une plume pour écrire ou dicter une lettre, elle la demandait à l'une de ses sœurs avec laquelle elle était particulièrement liée, ou la prenait dans son pupitre. Dès qu'elle revoyait sa compagne, elle lui disait : « Je vous ai pris tel ou tel objet, car ce qui est à vous est à moi. Entre toutes nos sœurs c'est la communauté, mais entre nous deux c'est le communisme. > Quelquefois cependant elle se sentait inquiète d'avoir volé. Elle courait alors confier son scrupule à son amie et la priait de ne pas en rire.

Son détachement et sa simplicité augmentaient de jour en jour. Depuis que Dieu lui avait envoyé cette infirmité qui lui en présageait de plus grandes, elle ne recherchait plus les austérités, et s'abandonnait comme un petit enfant aux mains paternelles de Dieu. Elle gardait plus volontiers le silence et se laissait moins aller à parler des mystères de grâce que Dieu accomplissait en elle. Elle exprimait plus rarement son opinion; souvent on la voyait s'arrêter tout court au milieu d'une phrase et mettre son doigt sur sa bouche. Lui donnait-on quelque louange, elle ne se perdait pas en de grandes phrases

Page 1