‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 84 sur 116 · CHAPITRE HUITIÈME i · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME i

duellement, et il n'est guère douteux que si elle eût vécu quelques années de plus, elle fût devenue complètement aveugle. Pour éloigner autant que possible ce funeste dénoûment, le docteur lui ordonna un traitement qui consistait principalement à rester enfermée deux joura par semaine dans une chambre noire. Elle s'y résigna de grand cœur et suivit fidèlement cette consigne jusqu'aux premières atteintes du mal qui la conduisit au tombeau.

C'était une dure épreuve que ces journées entières passées dans l'obscurité , et le plus souvent dans la solitude ; car toutes les religieuses, accablées d'occupations, ne pouvaient venir qu'en passant et pour quelques moments lui tenir compagnie. Une d'elles, sa compagne du noviciat et sa voisine de cellule, allait le plus souvent possible lui dire une parole d'affection et lui demander si elle n'avait besoin de rien. Sabine lui dit un jour : « Oh ! le temps ne me dure pas ; je prie. Mon bon Jésus est tellement avec moi ! Voyez-vous, jusque vers trois heures, je Lrùle, j'ai des ardeurs, je suis au moins comme sainte Thérèse. Vers quatre heures, mes ardeurs tombent, et à la fin du jour, il me faut lutter. Je sens de la peine au sacrifice; je sens que je suis encore naturelle... >

Ses sœurs avaient appelé ces jours de chambre noire, ses jours séraphiques, à cause de l'impression particulière et toute céleste qu'on ressentait quand on l'approchait alors. La veille de la Toussaint de l'année 4865 se trouvait un de ces jours. Une religieuse étant venue la voir, Sabine lui demanda : « Etes-vous plongée dans tous les saints ? — Non, répliqua la sœur, mais bien dans tous les soucis. » Et elle lui raconta que par suite d'un oubli de sa part, un grave intérêt de la communauté était - compromis. « Priez pour moi, ajouta-t-elle ; je suis si fort en peine ! — Eh bien, répondit Sabine, faites avec moi quelques invocations aux saints, et vous verrez ! » Elles se mirent aussitôt en prière, puis la cloche de la chapelle appela la sœur à l'office des vêpres. Une demi -heure après, l'oubli était réparé, toute crainte dissipée, et l'heureuse religieuse ne douta pas un instant que cette solution inespérée ne fût due aux prières de la sainte infirme.

Deux années environ s'écoulèrent ainsi, sans amener d'autre changement dans son existence qu'un affaiblissement graduel de sa vue et un continuel accroissement de sa sainteté. Elle se détachait de la vie plus que la vie ne se détachait d'elle. A mesure qu'elle voyait moins les choses

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