CHAPITRE HUITIEME
de la terre, elle semblait voir et goûter mieux les choses du ciel.
Au mois de juin 1867, un événement tout à fait extraordinaire pour la Visitation, quoique bien simple en lui-même, lui apporta une grande joie et laissa à tous ceux des siens qui y participèrent un doux et impérissable souvenir. La reconstruction des bâtiments du pensionnat étant achevée, on les bénit solennellement, les portes du cloître s'ouvrirent pour recevoir le clergé, et quelques personnes furent admises à titre de bienfaitrices, à pénétrer à sa suite dans l'intérieur du monastère, avec la permission de l'autorité ecclésiastique. Sabine vit donc sa mère, ses trois frères et ses belles-sœurs, avec leurs enfants, franchir le seuil de son souvent ; elle les posséda pendant quelques heures sous son toit, elle eut la joie pure et profonde de les serrer tour à tour dans ses bras. Elle se livra à sa tendresse et au bonheur de cette réunion avec un entier abandon, sans plus de réserve ni de scru pule qu'au temps où elle vivait avec eux dans la maison paternelle. Tous l'embrassèrent avec une émotion pleine de charmes, comme après une longue séparation. Il y avait neuf ans qu'ils ne l'avaient pressée sur leur cœur ! Le seul nuage qui obscurcit l'allégresse de cette heure
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bénie fut l'absence de ses sœurs dont aucune n'était alors à Paris.
Après la cérémonie religieuse qui lut accomplie par M. Etienne, supérieur des Lazariste?, en attendant le déjeuner que les religieuses préparaient à leurs hôtes, ceux-ci parcoururent le cloître, ils visitèrent la chapelle, le jardin, le pensionnat, le réfectoire, la cuisine, les cellules mêmes des sœurs, et ils purent se rendre compte de ce qu'est un monastère de la Visitation. On peut le résumer en trois mots : simplicité, propreté, pauvreté. Je ne parle pas du pensionnat, dont les bâtiments sont vastes, parfaitement clairs et aérés, et qui comprend des dortoirs, des classes, des salles d'étude, admirablement disposés pour le bien-être des élèves. Je ne parle que du cloître proprement dit, habité par les religieuses : là tout est simple, aussi propre que pauvre. Pas d'apparence, je ne dis pas de luxe, mais de ce qu'on appelle le confortable. Des chaises de paille, des bancs et des tables de bois, des rideaux blancs, c'est tout le mobilier. Les cellules sont pareilles, comme celles d'une ruche ; ruche céleste, en effet, où ces abeilles du Paradis distillent incessamment le miel de la prière et des vertus angéliques.
Le vœu de pauvreté fait et pratiqué par les