‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 86 sur 116 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

religieuses est si rigoureux qu'elles n'ont absolument rien en propre, pas même leurs vêtements ni leurs chaussures*; tout est commun entre eUes, en ce sens, non pas que chacune possède tou* ce que renferme la communauté, mais qu'aucune d'elles ne possède rien. Et cependant tout en elles comme autour d'elles, respire la paix, le contentement, la sérénité.

L'accueil qu'elles firent à leurs hôtes fut aimable, simple et charmant. Vraiment l'esprit de saint François de Sales habite en ses filles. Comme elles ne formaient entre elles qu'un cœur, elles semblaient n'en faire qu'un avec nous. 'On aurait pu croire que la présence si extraordinaire sous leur toit de visages étrangers, les aurait troublées ou du moins étonnées. Il n'en fut rien. Leur attitude témoignait une affection franche et naïve, sans empressement comme sans pruderie, une joie vive et sereine de donner l'hospitalité pour quelques heures à des personnes amies. On se trouvait à l'aise au milieu d'elles, comme au sein de sa famille. Rien n'est plus aimable que de voir de près l'intimité des sœurs entre elles, ce respect pour la supérieure joint à la plus cordiale fraternité, cette douceur dans le commandement, cette joie dans l'obéissance, cette égalité dans la hiérarchie. Il

n'y a pas de mère plus obéie et plus aimée que la supérieure, il n'est pas dans le monde de familie plus libre sous une plus entière autorité. Les sœurs les plus jeunes semblent avoir la maturité de la vieillesse, et les plus âgées gardent la joyeuse simplicité de la jeunesse. La vieille sœur cuisinière, âgée alors de plus de quatrevingts ans, avait toute la vivacité, tout l'entrain d'une jeune fille de vingt ans, et c'était une chose aussi touchante que singulière de l'entendre dire : ma mère, à la bonne supérieure qui aurait pu être sa fille. Je ne prétends pas que tous les couvents ressemblent à celui que je décris; je ne le sais pas et je ne parle que *de ce que j'ai vu. Mais j'affirme que je n'exagère rien, que ce que je raconte est l'exacte vérité, et que cette communauté de la Visitation Sainte-Marie, telle qu'elle m'est apparue, m'a fait l'impression et m'a laissé le souvenir d'une société d'anges. Le repas, servi par les religieuses, respira la plus franche gaieté. Ma sœur était bien heureuse. Elle allait de sa mère à ses frères, de ses bellessœurs à ses neveux et à ses nièces, les embrassant, les caressant, mettant son âme dans chacun <le ses mots et de ses mouvements. Hélas ' c'était sa dernière réunion de famille, et il semble que Dieu ait voulu lui donner cette con? Dlation su-

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