CHAPITRE HUITIÈME
prême avant de lui envoyer les épreuves du corps et de l'âme qui devaient marquer la fin de son séjour en ce monde.
Avant de quitter cette maison bénie, véritable maison du Bon Dieu, nous allâmes avec Sabine nous prosterner devant le Saint-Sacrement et prier avec elle et pour elle devant ce tabernacle, témoin, depuis plusieurs années, de ses entretiens célestes avec son Jésus. Puis, il fallut se dire adieu. Elle nous accompagna jusqu'au seuil du cloître, ses sœurs nous serrèrent affectueusement la main, elle-même nous pressa une fois encore sur son cœur, et soit mouvement de la nature, épanchement d'une émotion que son âme ne pouvait contenir, soit pressentiment de sa fin déjà prochaine, elle fondit en larmes. La porte s'ouvrit, se referma sur elle et sur ses saintes compagnes, et nous nous éloignâmes, emportant de cette journée du Paradis des émotions où la tristesse des adieux laissait subsister une douceur profonde et des souvenirs qui ne finiront jamais.
A cette époque, elle toussait déjà depuis quelque temps; mais personne, à commencer par elle, n'en prenait souci. Elle était habituée à traite* son corps rudement, comme un serviteur paresseux et indocile, et il fallait que la souf
france parlât bien haut pour qu'elle consentît à l'entendre. « Nous ne devons pas, disait-elle à Une de ses sœurs souffrante comme elle, nous dispenser trop facilement de ce qui est marqué par la règle. Il faut y aller simplement sans doute, mais aussi fidèlement, et se forcer autant que possible. Quand on souffre habituellement, si on s'écoutait, on ne ferait jamais rien. » Elle ne s'écouta donc pas, ne parlant à personne ni de sa toux persistante , ni des sueurs et de la fièvre qu'elle commençait à avoir souvent pendant la nuit; elle se contentait de penser et de dire que sa fatigue augmentait et que l'été l'éprouvait plus que de coutume.
Il paraît cependant que dès le mois d'octobre elle eut quelque pressentiment de la gravité de son mal ; car au moment de commencer la retraite annuelle que les religieuses de la Visitation font toujours vers cette époque, elle dit à une de ses sœurs : « C'est la dernière retraite que je fais ici ; l'année prochaine, je n'y serai plus. » Sa compagne n'attacha aucune importance à cette parole, mais elle s'en souvint un peu plus tard, quand le mal, longtemps caché comme un feu qui couve sous la cendre, éclata tout à coup avec une violence qui bientôt ne laissa plus d* espoir.