CHAPITRE HUITIÈME
Quand sa mère revint à Paris, vers la fin de Tannée 1867, elle fut frappée du changement de Sabine, l'interrogea avec cette sagacité et cette autorité que donne l'amour maternel , lui fit avouer les souffrances qu'elle se dissimulait à elle-même, et obtint d'elle qu'elle se fît ausculter. H paraît qu'en ce moment, l'état des poumons n'était pas encore inquiétant, et l'excellent médecin, qui donnait ses soins gratuits à la Communauté, ne vit dans sa situation rien qui pût vraiment inquiéter. Cependant, la faiblesse de ma sœur augmentait chaque jour, les symptômes d'une maladie de poitrine se dessinaient de plus en plus nettement. Une nouvelle auscultation, demandée par la supérieure, présenta des signes alarmants. Il fallut imposer à la malade une consultation.
C'était au mois de février 1868 : le résultat en fut désolant. Les médecins déclarèrent que l'état de la poitrine était des plus graves, qu'u des poumons était profondément atteint, et que, sans être désespérée, la situation devait donner les plus sérieuses inquiétudes. Ce fut un coup de foudre pour sa double famille ; le* larmes coulèrent sous le toit paternel qu'elle avait quitté depuis dix ans, et dans le cloître qu'elle ne devait quitter que pour le ciel. On les lui cacha,
pour ne pas l'éclairer sur la gravité de sa maladie ; mais déjà, elle ne se faisait guère d'illusions, et peut-être en conserva-t-elle moins que nous, qui souhaitions sa guérison bien plus ardemment qu'elle ne la souhaitait elle-même. Nous nous disions qu'elle était jeune encore, d'une bonne constitution, que ce mal de poitrine était tout à fait accidentel et résultait d'un rhume trop longtemps négligé ; dès qu'elle se sentait un peu mieux, dès qu'un remède semblait lui faire quelque bien, nous nous reprenions à espérer et déjà nous préparions la fête de son prochain rétablissement. Hélas! nous ne pouvions savoir ce qu'elle ignorait elle-même, et ce qu'elle allait apprendre par une douloureuse expérience : c'est que la maladie avec ses angoisses physiques et son acheminement lent mais continu vers la mort était la moindre des épreuves par où Dieu la voulait faire passeravant de la recevoir dans la joie de sa bienheureuse immortalité 1