CHAPITRE IX
Tant que ma sœur n'eut à lutter que contre les souffrances du corps, elle soutint le combat avec une énergie et une persévérance pleines d'allégresse. Elle continua à suivre la règle dans tout ce qu'elle en pouvait pratiquer, à se lever dès le point du jour, après des nuits de fièvre et d'insomnie, pour assister à la messe, à se priver pendant ces nuits cruelles d'une goutte d'eau que sollicitaient ses lèvres brûlantes, afin de pouvoir communier le matin. Ses sœurs, témoins de ses insomnies et de ses souffrances, ne pouvaient comprendre qu'elle eût la force et l'hé roïsme de ne pas boire. On peut dire qu'elle disputa sa vie à la maladie et à la mort jour par jour, heure par heure, non pas en soignant son corps et en multipliant les remèdes, mais en continuant à agir tant que l'action ne lui fut pas impossible. Même , quand l'angoisse de l'âme vint se joindre à celle du corps, quand le ciel parut se voiler à ses regards, quand son
Jésus lui enleva l'une après l'autre toutes les douceurs de son amour, toutes les marques sensibles de sa présence et de sa sainte familiarité, elle persévéra énergiquement dans ses pieuses pratiques, elle ne diminua rien de ses prières ni de ses communions. Comme une digne épouse, elle demeura fidèle à son époux dans les tristesses de l'abandon apparent où il la laissait pour l'éprouver, aussi bien qu'aux jours heureux des joies célestes et des ivresses spirituelles.
Elle n'avait jamais craint la mort; tout en se plaisant sur la terre où la communion lui donnait déjà le ciel, elle savait que sa demeure n'était pas ici-bas , et , comme toutes les saintes âmes, elle tendait au port de l'éternelle béatitude dans l'éternel amour. Au temps où elle était chargée de l'instruction religieuse des enfants du pensionnat, elle insistait souvent dans ses leçons sur les grandes pensées de la brièveté de la vie, de la vanité des choses qui passent, de la réalité des saintes espérances, et l'on sentait que sa bouche parlait comme toujours de l'abondance du cœur. Le regret de la vie, la crainte de la mort furent donc pour elle de véritables épreuves en contradiction avec les pensées et les habitudes de son âme, et que