‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 90 sur 116 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Dieu lui envoya sans doute pour accroître le mérite de son sacrifice et la beauté de sa couronne au paradis. Cette âme si avide, si amoureuse de la souffrance, se sentit tout à coup rejetée, par un violent instinct, dans l'horreur de la souffrance, dans l'attachement à la terre, dans le désir ardent du soulagement et de la guérison. Sa volonté luttait contre cet instinct; et si elle parut quelquefois fléchir, elle finissait toujours par se relever et par vaincre. Mais cette lutte, pleine de trouble et d'angoisse, triplait pour elle les douleurs de la maladie. Avant d'arriver à la gloire de la résurrection, les privilégiés du Seigneur doivent passer, comme il l'a fait lui-même, par le jardin de Gethsémani et par le Calvaire.

Au début de ses épreuves, son premier sentiment fut celui d'un douloureux étonnement. Elle était tellement habituée aux douceurs du divin amour, qu'elle ne put croire d'abord à la réalité ou du moins à la prolongation d'un état contraire. « Ma fille, lui avait dit six ans auparavant son saint Directeur, alors qu'elle demandait des souffrances et des humiliations, ma fille, priez Dieu que vous ne soyez pas effrayée ni scandalisée des états où Jésus vous fera passer! » Elle put alors savourer l'amère vérité de

ces paroles ! Elle fut en effet tentée de se scandaliser de la voie nouvelle où la conduisait son Bien-Aimé. Comme un voyageur qui a perdu son chemin, elle jetait autour d'elle des regards désolés; elle s'écriait avec le Sauveur sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné! » Puis, la confiance, l'amour reprenaient le dessus, et c'était à Dieu lui-même qu'elle allait demander des secours contre l'apparent abandon de Dieu.

Toujours simple, transparente et d'une absolue sincérité, elle laissait voir au dehors ces mouvements et ces luttes qui se passaient dans le fond de son âme. Elle exprimait naïvement à ceux d'entre nous qui la venaient visiter au parloir, son horreur instinctive et toute nouvelle de la souffrance et de la mort : « Jai terriblement peur de mourir, nous dit-elle plus d'une fois. Sainte Thérèse demandait de souffrir ou de mourir; eh bien, moi je demande de ne pas tant souffrir et de guérir ! » « Je ne comprends plus rien à ce que mon bon Jésus fait en moi et pour moi, disait-elle aussi à ses compagnes ; en tout et partout il me mortifie, il m'ôte la lumière corporelle, la lumière spirituelle, il est insatiable I On dirait qu'il a hâte de me faire mériter le paradis. Je ne suis cependant pas pressée de

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