‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 91 sur 116 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

vous quitter : je me trouve bien ici-bas où je communie. Il est vrai que la vie m'est plus amère depuis que mon Jésus se fait un jeu de me tourmenter ; mais cela ne peut pas, cela ne doit pas durer. Il n'a jamais agi de la sorte avec moi, il ne faut pas qu'il change sa manière d'être. Car enfin, il sait bien que je me suis toujours fiée à son amour ; il ne peut tromper mon attente sans manquera ses promesses. »

C'est dans ces termes naïfs et touchants qu'elle exhalait sa peine et qu'elle adressait à son Bien- Aimé ses plaintes et ses prières.

D'autres fois, elle entrait au chœur, se prosternait devant le Saint-Sacrement et se mettait en oraison. Mais sa faiblesse l'empêchant de prier, ou plutôt Dieu ne répondant pas comme naguère à ses ardeurs, elle se relevait et disait . * Mon Dieu, vous m'empêchez de vous prier, vous êtes cruel pour moi, vous vous dérobez à mon amour, eh bien, tant pis, je m'en vais I t Elle s'éloignait en effet, puis, ramenée par un invincible attrait, elle revenait, bon gré mal gré se replonger dans l'élément divin.

Un jour, en sortant de la chapelle, elle écrivit de sa main à la supérieure le billet suivant qui a été conservé et qui prouve que le bon Sauveur ne tenaitpas toujours rigueur à sa fidèle servante:

« Ma Mère chérie, voyez combien Jésus est bon 1 J'avais un peu de peine tout à l'heure en sentant que je ne serais pas en état de contribuer en rien à la fête, pas même déparier pour amuser un peu nos sœurs. Jésus m'a attirée au chœur devant le Saint-Sacrement, et là, il m'a appris qu'il me retirait de tout, pour que tout mon temps et tout mon être ne fussent que pour lui seul, et parce qu'il voulait me dire ses secrets. Je ne sais plus ce quïl m'a dit ensuite, mais j'ai compris et je pleurais malgré moi. Et puis j'ai eu besoin de vous le dire. Ma bonne mère, je vous aime encore plus quand Jésus est ainsi avec moi 1 »

Une des religieuses lui demandant un jour comment efle se trouvait, elle répondit en montrant sa poitrine : « Mon bon Jésus a mis là sa main et il ne veut pas la retirer. Cela me fait peur, je n'aime pas la souffrance. Cependant, si mon Jésus a ce goût pour moi, il faudra bien que j'y passe î Priez pour moi. » C'est ainsi que toujours, après des luttes quelquefois terribles, peutêtre même après des défaillances (car qui oserait affirmer qu'elle ne faillit jamais?) elle finissait par la résignation, la douceur et l'amoureux abandon de son être à la volonté lu beigneur.

Sa confiance en Dieu survivait d'ailleurs à

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