CHAPITRE NEUVIÈ1T
Une de ses compagnes du noviciat ayant trouvé un remède qui avait apporté quelque soulagement à ses souffrances, elle la fit appeler pour la remercier, et lui dit : « Ma chère amie, priez pour moi, j'en ai tantbesoinl Toujours étouffer et penser que je mourrai peut-être comme cela, quelle mortl Vous savez, je ne désirais pas mourir et surtout de cette façon-là, mais il faut s'y faire. » Puis souriant et reprenant un ton de douce joie : « Vraiment, ce n'est pas une mort digne de moi 1 J'ai toujours cru mourir comme M. de Bernières, dans une extase d'amour, sur mon prie-Dieu, ou comme ces grands saints dont l'excès d'amour rompait les liens qui les retenaient encore sur la terre. Au lieu de cela, je mourrai comme les plus simples mortels ! Enfin, il faut se bisser faire par le bon Dieu, mais il y a de vilains moments ! Si vous saviez comme Dieu me réduit ! Vous ne devez plus me reconnaître, je ne ire reconnais plus moi-même, j'en suis venue au point de m'ennuyer devant le Saint-Sacremen J. »
Elle rappela alors à sa compagne plusieurs souvenirs du novic'at et de leurs premières années de religion et elîo ajouta : « Je l'ai bien dit à notre sœur Marie ce Sales, ces pauvres filles, elles auront du chagrii quand je n'y serai
plus, elles m'aimaient tant ! N'est-ce que parce que je ne me suis pas trompée ? Ah ! ma pauvre amie, comme il vous en coûtera de vous occuper de me faire enterrer ! Je n'aurais pas voulu vous faire cette peine-là, mais décidément le bon Dieu semble le vouloir 1 » Et en achevant ces mots, elle l'embrassait affectueusement.
Son état s'aggravait de jour en jour ; les tubercules des poumons avaient gagné les entrailles et ses jambes commençaient à enfler ; ses quintes de toux étaient affreuses, même à entendre ; elles lui déchiraient la poitrine, et les médecins s'étonnaient de ces cruelles souffrances, tout à fait inusitées dans ce genre de maladie. Quelques-uns des siens eurent la pensée qu'un changement d'air, une saison d'Eaux- Bonnes, aideraient peut-être à la rétablir. Les médecins consultés répondirent que cela pourrait peut-être la soulager, mais la guérir, non. D'ailleurs ce projet rencontra deux obstacles insurmontables, la règle de la Communauté et la volonté inflexible de Sabine elle-même. Ayant su quelque chose de cette idée, sur laquelle sa sœur jumelle avait particulièrement insisté, elle en fut vivement affligée. Attachée parle fond des entrailles à sa maison religieuse, elle craignait toujours qu'on ne la crût pas heureuse, et sur-