CHAPITRE NEUVIÈME
disant rien qu'en priant Ne te tourmente
pas de moi ; je ne m'ennuie pas et je passe de bons moments à la tribune de la chapelle.
> Ta chère sœur,
i Jeanne-Françoise. »
Ce n est pas ici le lieu d'expliquer et de défendre cette règle, conséquence nécessaire de la clôture, à laquelle Sabine s'attachait avec tant d'énergie. Je ferai seulement remarquer à ceux qui seraient tentés de trouver cette rigueur excessive, que les religieuses de la Visitation font, comme toutes les religieuses, le vœu de pauvreté. Or, les changements de lieux et de résidence, les voyages aux Eaux, les séjours dans le Midi, sont des remèdes de riches ; c'est un luxe que les pauvres ne connaissent pas. Ils se soignent tant bien que mal, et guérissent ou meurent là où les a placés la Providence. J'ajoute que lorsqu'on quitte le monde et qu'on entre au couvent, c'est pour se mortifier, se sacrifier et se préparer à mourir 1
D'ailleurs, les supérieures de Sabine et ses compagnes firent tout au monde pour suppléer à ce remède extrême qui, d'après les médecins, n'aurait pu la sauver. Elles l'entourèrent, depuis
le début de sa maladie jusqu'à la fin, de soins de toute espèce ; malgré la pauvreté de la maison, on lui servait les mets les plus fins et les plus variés pour tâcher de vaincre son dégoût de toute pourriture. D'abord, cette recherche de table lui coûta beaucoup ; elle en était affligée et humiliée ; puis, le mal croissant, elle n'eut plus la force de s'en préoccuper. On la veillait chaque nuit, et les sœurs se disputaient la triste consolation de lui rendre ce service. Enfin, elle n'aurait pu trouver dans sa famille des soins plus constants, plus intelligents et plus affectueux. Ces preuves multipliées de dévouement la touchaient jusqu'au fond de l'âme, et son amour pour sa communauté et pour ses compagnes s'accroissait encore, si c'est possible, par la reconnaissance. Elle cherchait tous les moyens de leur témoigner à son tour sa tendresse, et quand l'excès de la souffrance lui arrachait un mouvement d'impatience, une parole un peu vive, elle rappelait aussitôt la sœur qu'elle avait rebutée, l'accablait de marques d'affection et lui demandait pardon de ce qu'elle appelait son ingratitude et sa dureté.
S'excusant un jour de ces imperfections près d'une de ses compagnes du noviciat, elle lui dit : « Oh ! priez, priez pour moi, j'en ai tant besoin î