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SACS ET PARCBEKINS.^ 7
qui s^ouvraient devant elle. Elle avait asse^ d'esprit pour comprendre qu'avec un million de dot et deux millions en espérance, elle ne devait pas prétendre à être épousée par amour. L'amour ne la préoccupait pas. Elle avait sur le mariage des idées très nettes et très arrêtées* Sachant très bien que rhommequidemanderait sa main verrait dans cette alliance une affaire, elle voulait, elle aussi, r^ler son choix d'après son ambition : elle déclara résolument à son père qu'elle n'épouserait jamais qu'un gentilhomme. M. Levrault la pressa dans ses bras : il avait reconna son sang. D'ailleurs, c'était pour lui le moyen le plus sûr et le plus rapide de s'introduire dans le monde, où il brûlail de prendre rang. Il ne se dissimulait pas qu'un abîme l'en séparait : cet abîme, il le franchirait sur les épaules de son gendre. Une «'laissait plus que de chercher ce gendre, qui, & coup sûr, ne se trouverait pas près du marché des Innocents. M. Levrault s'était laissé dire que de toute les provinces de la France, la Bretagne était la plu riche en vieiUe& et nobles familles, que les ch&leaux y étaient aussi nombreux que les cbaumières. Il aurait cru volontiers que les tours <»énelées y poussaient comme des champignons^ C'était donc en Bretagne qu'il fallmt aller s'établir; c'était là qu'il fallait mener une grande existence, et tendre les filçts dorés où viendrait se prendre ^ j^énix des gendres. Ce plan une fois arrêté, 9L Levrault écrivit à un notaire de Nantes qu'il avait connu maitre derc à Paris :
s SACS ET PARCHEMINS.
« Mon cher monsieur Jolibois ,
« Le temps est venu de me reposer enfin dans nn monde dont le ton et les habitudes s'accordent avec mes goûts. Au milieu des travaux de Tindustrie, j'ai souvent rêvé pour mon âge mûr un asile consacré par les grands noms de notre histoire. La Bretagne m'a toujours attiré par ses héroïques souvenirs. Laure, à qui j'ai donné, comme je le devais , la plus brillante éducation , une éducation digne de son rang , m'a plus d'une fois entretenu de cette terre chevaleresque. Vous apprendrez donc sans étonnement que j'ai l'intention d'acquérir un riche domaine en Bretagne. Seulement, pour me servir d'expressions empruntées au vocabulaire des petites gens, je ne voudrais pas acheter chat en poche. Avant de me décider, j'ai besoin de parcourir ce beau pays dans tous les sens, d'en connaître les sites, d'en étudier les mœurs. £h bien! mon cher monsieur Jolibois, je m'adresse à vdus en toute confiance. Louez en mon nom, dans les environs de Nantes, quelque château dont la position me permette de nouer des relations familières avec la noblesse du pays. Quand j'aurai, pendant une année, exploré les alentours, il me sera facile de faire un choix. Inutile d'ajouter que j'entends vivre grandement et tenir ma maison sur un pied seigneurial. Je n'insiste pas lâ-dessus. C'est vous qui voudrez bien vous charger de tout organiser, depuis l'antichambre jusqu'au chenil, depuis la caye jusqu'à l'écurie, depuis
la basse-cour jusqu'au salon. Excepté- la femme de chambre de ma fille , je suis résolu à n'emmener personne de Paris. Il me serait doux, je ne le cache pas, de voir autour de moi quelques-uns de ces vieux serviteurs, type de dévouement et de fidélité , qui vivent et meurent où ils sont nés : tâchez de m'en recruter quatre ou cinq. Que tout soit prêt pour nous recevoir ; n'épargnez rien, j'ai trois millions. La vie nouvelle que je préte>ûds mener sera une vie de fêtes et d'hospitalité princière. Que ^ le pays sache d'avance qui je suis. Parlez de mes travaux, de mon opulence ; en un mot, que je sois attendu. Quoique je sois bien décidé à ne frayer qu'avec les gens de la plus haute volée, vous aurez cependant vos petites entrées, mon cher monsieur Jolibois , et de temps en temps vous viendrez courir un cerf avec moi. Je me réjouis d'avance à la seule pensée d'achever mes jours dans la patrie de Glisson et de Du Guesclin. Laure m'a si souvent parlé de ces messieurs et de leurs grands coups d'épée que je serai heureux de connaître leurs descendants, de les recevoir à ma table. Surtout, n'oubliez pas que je dois tenir sous ma main la fleur de l'aristocratie^, et découvrir de mes fenêtres une douzaine, de châteaux crénelés, leurs fossés et ponts-levis. (c Adieu , mon cher monsieur Jolibois. Je compte sur votre exactitude, comme vous pouvez compter sur
ma bienveillance.
« Levrault. »
Ce notaire était par hasard un homme d'esprit. Pour
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SACS £T P^AGttEMUNS.
^ïmowRy û^wfoitmtbx et si kenreuseiiiâiit justifié confiance que toi» avez bien vmihi la'aGcord^. Je i cois oesenpét sans perdre im insbuit, de monter vol msisoai sur un pied digne de la position qne tons oec pex dans le monde. Je n'ai rien négligé , et }*aime penser qne vons serea satisfait. Dans quinze jours to sera prétf el vous pourrez vous mettre en route. J compris sens effort tinite rélévaticm de vos pensée; vous voulez vivre avec vos peirB. Avec ce coup d'c prompt et sûr qui a fait de vous nn des aigles de 11 dnstrie, vous avei mis le doigt sur le seul coin de la tei qui fût di^ne de vous posséder. La sodété choisie q vous avez rêvée, vous la trouverez à votre porte. I dtftteanx de Tiffauge, de Mortagne et de Glisson vo tendent les bras. Sdon votre désir, j'ai parlé de voi La noblesse du pays sait maintenant qui vous êtes, se diq>ntera llionneur de vous accueillir et de vous ter. Elle nignore pas que Findustrie est aujonrdlmi lâne du mondef et sent déj&ponr vora une respectuei sympathie. £t ne croyez pas que votre immense fortu sôit pour quelque chose dans ces dispositions bie veillantes : votre seul mérite Mx tous les frais de h impatiesiee. Depuis que j'ai anno(ncé votre prochai arrivée, chacun ici parle de vons; je ne puis fiûre pas sans être accablé de questions. On m entoure , me demande quel jour, agnelle heure vous viendrez, beauté de mademoiselle votre fille réveillera les plus i mables traditions de la chevalerie. Le temps me manq
pour vous nommer aujourd'hui toutes les grandes familles dont les châteaux sont groupés autour du vôtre. IiCS moins illustres remontent à la seconde croisade. .Mademoiselle Laure, dont la mémoire est si richement ornée, ne rencontrera pas sans plaisir et sans émotion, à quelques pas de votre parc, un descendant de Godefroi de Bouillon, noble vieillard dont la conversation est un trésor de souvenirs. Plus loin, vous trouverez le dernier rejeton d'une race qui , par ses alliances , se rattache aux Baudouin et auxLusignan : c'est le vicomte éaspard deMontflanquin. Jeune, beau, chevaleresque, trop désintéressé peut-être , il n'a qu'à vouloir , qu'à étendre la main : la nouvelle cour, fière de l'avoir rallié, ^ra tout pour lui. Il porte d'argent au lion léopardé de sable, armé, lampassé et couronné de gueules, à la quelle nouée , fourchue et passée en sautoir, abaissé sous un chef d'azur à trois besans d'or. Le vicomte de Montflanquin vous servira de guide dans vos excursions T et dans le choix de vos amitiés. Venez donc, hâtez-vous. Venez sous les ombrages de la Trélade, c'est le nom de votre château, oublier les nobles fatigues qui ont rempli votre carrière. Croyez bien que j'userai avec modération des petites entrées que vous m'offrez si gracieusement : je sais trop la distance qui nous sépare ; mais je ne renonce pas au plaisir de courir un cerf avec vous. Dans un an, si vous vous décidez à vous établir dans notre Bretagne, j'espère vous compter au nombre de mes clients : votre nom sera la gloire de mon étude.
SA€S ET PARCHEMINS. î3
« Agréez , Monsieur, l'assurance de ma plus haute considération.