VIII. Adverbes de manière
Ils se formaient invariablement de l'adjectif féminin,
par l'addition de la terminaison niant ou ment, tandis que le français actuel les forme souvent de l'adjectif masculin :
Ainsi de privée, on formait privéement, de manière privée.
Il y a des exceptions apparentes: forment (de fort), mortelment (de mortel) mais nous avons dit plus haut que fort et mortel étaient à la fois masculins et féminins.
IX. — Antres adverbes et antres mots invariables. Leur emploi était fréquent en vieux français.
Si, dans son emploi conjonctif, avait le sens général de et, ensuite, alors, quelquefois de cependant, plus rarement de aussi : dans son emploi conditionnel, il s'écrivait souvent se.
Atant et esraument (ou errant) signifient aussitôt ; adès, toujours.
Si l'on s'inspire de ces quelques indications, on verra, à n'en pas douter, que le fabliau ci-après, et d'une manière générale les textes poétiques en vieux français offrent, à l'intérieur d'un même dialecte, une orthographe et une métrique absolument sûres.
Il serait à souhaiter pour notre langue actuelle que, se dépouillant de toutes les lettres adventices inventées par les étymologistes, elle revînt, sur beaucoup de points, à la belle simplicité d'orthographe et à la régularité du vieux français.
Quand on nous demande d'écrire « la famé est bêle », on nous demande simplement de revenir à la tradition du vieux français. Nous y consentirions, quant à nous, volontiers.
Sculpture d'un pilastre de ""Saint Jean de Lyon (dessin d'après *Guilhermy)
Li lais d'Aristote
De biaus mos conter et retrère [rapporter]
Ne se doit-on mie retrère [retenir]
Ainz doit-on volentiers entendre
Biaus mos, quar on i puet apprendre
Sens et cortoisie en l'oïr [audition].
De bien se doit-on esjoïr
Li bonsC1), quar c'est droiz [raison] et coutume ;
(1) C'est-à-dire : on se doit (de) réjouir de bien le bon. M. 19.152:
Dont bien se doivent esjoïr
Li bon, quar c'est droiz et coutume.
Mais li mauves en font la frume [grimace]
Esraumcnt [aussitôt] que il dire l'oent [entendent],
Qu'ausi corn li. I. [les uns, cest-ù-dire les bons] le bien
Et vont la bone gent loant,(i) [loent \louent\,
Les despisent {méprisent] li mesdisant
Quant il pis ne lor pueent {peuvent] fère,
Quar envie est de lor afère,
Qu'ele maint [demeure] tout adès [toujours] el \en le]
A ceus qui sont mis en tel fuer [prix].(2) [cuer.
Si me merveil [élonne\ por quoi il poise [cela fait peine]
Gent felonesse et peu cortoise
Por quoi metez vous sor autrui
Votre mesfet et voire anui ?
Ci a trop fol excusement ;
Vous péchiez [péchez]. IL fois mortelment,
L'une est de mesdire entremetre [occuper],
Et li autres est desus mètre
Votre mesdit, vo vilonie.
Certes c'est cuer de félonie(3)
De blasmer les crueus félons
C'on puet apeler Guenelons [Ganelons],
(1) Le M. 19.152 donne:
Qu'ausi com li bon le desloent Et vont la bone gent prisant
(2) Les M. 19.152 et 1.104 intercalent ici deux vers :
Qu'il n'oent de nului bien dire Qu'il ne le vueillent contredire
(3) Le M. 19.152 donne:
Certes c'est cruex vilonnie,
Et intercale ensuite quatre vers :
Car envie point ne s'estanche.
Je ne vorrai faire arrestance Ne demorer ici endroit ; Ge croi que petit me vaudroit.
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