LEXIQUE
par ordre alphabétique
de la Bibliographie et de l'Iconographie
du sujet du lai d'Aristote
Nota. — Les noms précédés d'un astérisque (') dans la présente brochure font l'objet d'une notice dans ce lexique,
Les lettres B. .Y. veulent dire : Cote de la Bibliothèque Nationale ; cette cote permet d'y faciliter les recherches.
Adam de la Halle, poète français (né vers 1235, mort en 1288). Dans un jeu-parti d'Adam de la Halle et de sire Jean Bretel, intitulé Adam (édition Coussemacker, p. 185) on lit : « Aristote a été chevauché par son amie, qui l'en a mal récompensé. Youdriezvous être accoutré comme lui, pourvu que votre dame vous tienne parole? »
J. Adeline. Dans un livre intitulé Sculptures grotesques et symboliques Rouen et environs (in-12, 1879, Rouen, Auge, cote B. N. : L9 j 1959 et 1959 A) il donne (pi. 39) le dessin de la miséricorde de la stalle (v. fig. p. 45 du présent livre), et celui du détail du portrait de la Calende de Rouen (qui nous a servi pour la fig. p. 53 du présent livre). Pages à consulter : 73 à 78 et 206 à 210.
Aeneas Silvius Piccolomini, qui fut pape sous le nom de Jules II, après avoir été secrétaire de l'empereur Frédéric III, a fait allusion au fabliau d'Aristote dans le Roman d'Euryale et de Lucrèce, 114° lettre (Vienne, 15 des nones de juillet 1444), p. 623 de l'édit. de ses œuvres, Baie, 1851 ; traduit en vers français par Octavien de Saint-Gelais (?), il fut imprimé avant 1500 par Vérard. On connaît d'autres versions françaises de ce roman (Y. *Héron),
(René d') Anjou. Duc d'Anjou et de Provence, roi de Naples, vécut de 1409 à 1480. On trouvera la citation (d'après *Héron) dans les Œuvres complètes du roi René, avec notice par M. le comte de Quatrebarbes (Angers, 1846, in-4o, t. III, p. 149 à 152), Livre du Cuer d'Amours espris, en prose et en vers.
Dans ce livre, Cuer et Bel-Accueil arrivent en un lieu où sont suspendus divers objets rappelant la
toute puissance de la femme: la corbeille de l'enchanteur Virgile, la quenouille d'Hercule, les bride, selle et éperons d'Aristote.
D'autre part, la bride et la selle
Laquelle tu vois là, c'est celle
De quoi Aristote le saige
Fut embridé par le visaige
Et sellé par dessus le doux.
Tant blasma le bien d'amer doulx
Et tant le desprisa, qu'Amours
S'en vengea par les subtilz tours
De celle-là qui lui bouta
La selle, puis dessus monta,
Et des éperons lui donna,
Et tellement si l'ordonna
Que sa science peu valut.
A mors son sens lors lui tolut [enleva]
Car lui, qui estoit tant honneste,
Fut chevauché comme une beste.
Aquamaniles (Aiguières ou fontaines à se laver les mains). Deux de ces objets, en cuivre jaune, du xnie siècle, auraient figuré à l'exposition de 1880 des Beaux-Arts appliqués à l'industrie, à Paris; l'un appartenait à M. Spitzer (n° 121), l'autre à M. Chabrière-Arlès (no 103). Tous deux avaient pour sujet de décoration l'épisode d'Aristote chevauché; dans l'un, le bonnet de la femme formait couvercle, (d'après * Héron) — Sur le mot aqiiamanile, voir le Dictionnaire du Mobilier de Viollet-lc-Duc au mot aiguière, t. II — Voir également Glossaire archéologique de Gay, s. v. aquamaniles, où il parle de ceux représentant Aristote.
(Paul) Arène (et Alphonse) Daudet firent représenter, avec musique de Paul Pessard, un acte en vers libres, intitulé le Char, à l'Opéra-Comique de Paris
(première le 18 janvier 1878). Le sujet est celui de notre fabliau; la femme est une Gauloise, du nom de Briséis; le philosophe tire un char, comme dans le vaudeville de *Barré et Piis. — Stop, dans le Journal amusant, publia des dessins sur cette représentation. L'acte parut, avec comme épigraphe les quatre vers de Victor *Hugo (Chansons des rues et des bois), et cette dédicace :
Au vieil auteur du lai d'Aristote
qui le premier osa montrer le grand Stagyrite bridé par l'Amour,
cette œuvre irrévérencieuse est dédiée
Aristcte et Jaillis (Aristoles und Fillis). Dans le recueil allemand des * Gesammtabenteuer, I, 2, conte qui est exactement le même que notre fabliau : Fillis y cravache le philosophe avec une tige de rosier fleuri. Voir *Le Maître du Livre de Raison; *Spranger.
(Hans) Baldunç surnommé Grun (Voir Nager, Kunsterlexicon, I, 239) fit une gravure sur bois en clairobscur représentant l'épisode en question (d'après *Gasté).
Barbasan édita les Fabliaux et Contes français des xne, xiiie, xivc et xve siècles. (Paris, 1756, 3 vol. in-12, B N = Ye 7.297, t. I, p. 155). Nouvelle édition Méon (1808, 4 vol. in-8). Notre fabliau est t. III, p. 96 et suiv., 572 vers. Le frontispice du tome est orné d'une curieuse gravure représentant Aristote chevauché, sur un fond de montagnes et de rochers ; Alexandre apparaît à la fenêtre d'une tour. Le titre est : Le lay d'Aristote par Henri d'Andeli (manuscrits n° 7 218 et 7.615 de Paris; et n° 1.830 de Saint-Germain.)
Barre et Piis auteurs (V Aristote amoureux ou le Philosophe bridé, vaudeville représenté le 11 août 1780 à la Comédie Italienne, publié chez Ed. Cazin (1785). Le philosophe y tire un char sur lequel se trouve la maîtresse d'Alexandre nommée Orphale ; on n'a pas oser lui faire chevaucher Aristote. — Indignation de Grïmm et Diderot: « Aristote, le vénérable Aristote, à rOpéra-Comique, et dans quel avilissement profond ! » (Corresp. de G. et D.,2eédit., 2e partie, t. V. pp. 173-175). Bachaumont (Mém. secrets, I, XV, p. 253, édit. de 1781) dit que « cette bagatelle a eu un succès décidé ». — Piis était écuyer, secrétaireinterprète de M#r le comte d'Artois, et Barré, avocat au Parlement. — Les vers de ce vaudeville sont vraiment trop faciles et prolixes, à notre goût.
(La) Bataille des VII Ars. Autre poésie du trouvère Henri d'Andeli, sur la lutte entre les écoles de Paris et d'Orléans à propos de l'enseignement de la logique et de la grammaire.
(La) Bataille des Vins. — Autre poésie du trouvère Henri d'Andeli, donnant de curieux renseignements sur les vins appréciés au xin° siècle. On y trouve ces vers :
Li vins S. Jehan d'Angeli Si dist à Henri d'Andeli Qu'il li avoit crevé les iex Par sa force, tant estoit prex.
(Joseph) Bédier, auteur du remarquable ouvrage Les Fabliaux (Ire édition, 1893 — 2* édition 1895. Bouillon, Paris. B N = 8<> Y 212. V. pp. 35, 41, 132, 146, 158, 204 à 212, 347, 387 à 389, 446 K).
Il y étudie, pour la réfuter, la théorie de l'origine
indienne de nos contes et fabliaux du moyen âge, énoncée dans toute sa rigueur par l'Allemand Benfey, soutenue en France par Gaston * Paris notamment.
Sur les 147 fabliaux auxquels Bédier reconnaît ce nom, il n'en trouve que 11 dont des similaires antérieurs existent dans l'Inde. Le lai cTAristote figure parmi ces onze, ainsi que les Trois Bossus ménestrels, dont nous avons précédemment tiré une pièce C1), et chacun de ces deux fabliaux est le sujet d'une étude spéciale.
Les similaires les plus antérieurs du lai d'Aristote sont indiens, mais n'ont fait l'objet, en Europe au moyen âge, d'aucune traduction écrite actuellement connue (V. * Textes orientaux, etc.); il en va différemment pour les Trois Bossus. Nous reviendrons plus tard sur ce deuxième conte ; quant aux similaires du lai d'Aristote, on les trouve: 1° dans le *Pantchatantra ; 2° dans *Mahâkâtjâjana, etc. Certains contes du Pantchatantra avaient été cependant traduits dans le *Directorium, mais non le similaire du lai d'Aristote.
« Le lai d'Aristote, dit Bédier, est l'un de ces contes qui, s'ils sont venus de l'Inde en Europe, n'ont pu y parvenir au xinc siècle que par la seule tradition orale... Quand Henri d'Andeli nous affirme — comme tous les auteurs de fabliaux, ses confrères — qu'il a « oï la novele » de son lai, nous devons l'en croire, mais qui plus est, ceux qui le lui ont rapporté ne dépendaient pas davantage, immédiatement ou indirectement, d'un livre oriental traduit dans une langue européenne... »
Là-dessus Bédier recherche s'il y a quelques raisons de croire qu'il y ait eu, pour ce lai, tradition orale venue de l'Inde :
« Si l'hypothèse de l'origine orientale n'est point un
(1) Les Trois Bossus, comédie en un acte par Jean Oit, édition de l'IIcvagramme.
simple préjugé, il faudra que les formes françaises supposent «à leur base les formes indiennes. »
Or, ainsi qu'il le constate, les formes indiennes sont « misérablement inférieures » et comme sens et comme intérêt. (V. * Pantchatantra et * Mahâkâtjâjana). Le lai d'Aristote ne trahit aucun remaniement et est complet en soi.
Conclusion de Bédier : « Un conte a été inventé, on ne sait où. On en possède des formes indiennes médiocres, une forme française excellente. La forme excellente est-elle dérivée des formes médiocres? (*) Cela est possible, non nécessaire. Mais dans notre incertitude, il y a une présomption en faveur de l'hypothèse inverse : les formes sottes d'un conte ne sont point les plus vivaces, elles ne voyagent point... elles sont éphémères et caduques. Or, des deux formes indiennes de notre conte, l'une est insignifiante, l'autre mal motivée. Il n'y a donc pas lieu d'en faire dériver toute la traduction orale. »
Quant aux versions arabe et allemande, « elles doivent être placées sur le même plan que notre fabliau. »
Même « si l'on songe à l'universelle popularité du lai d'Aristote, raconté dans tout l'Occident par les prédicateurs (*Promptuarium), sculpté dans les cathédrales, aux portails, aux chapiteaux des pilastres, sur les miséricordes des stalles ou encore sur les colfrets d'ivoire et les aquamaniles, on conviendra qu'il y a apparence pour que ce soit la forme européenne qui parvînt au conteur arabe. »
Bédier dit même autre chose, et sur ce point nous partageons complètement son avis : « Mais admettons que les trois formes du ^Pantchatantra, du "Mahâkâtjâjana et du fabliau soient, en effet, sorties d'une source unique. Si un conteur n'a emprunté à ses modèles que
«1 ) C'est nous qui mettons en italique.
cette donnée : « Un homme raisonnable et prudent s'est laissé chevaucher par une femme», et s'il a su en tirer le charmant lai d'Aristote, je dis que le lai d'Aristote n'existait pas jusqu'à lui, et qu'il en est le véritable auteur. » Mais ceci n'a rien à voir avec la discussion de la filiation orientale. Et Bédier reprend : « Mais est-il vraiment nécessaire qu'il ait eu besoin du point de départ des versions indiennes? » Et l'auteur laisse entendre ensuite que le sujet a pu sortir, tout armé, du cerveau d'Henri d'Andeli.
Il y aurait à dire contre l'ensemble de cette argumentation ; Je dilemme final, notamment, n'est pas posé avec toute l'impartialité désirable; il faudrait dire: « Etant donné que la situation essentielle d'un conte, dont on ne connaît de versions qu'au xnic siècle en langues française, latine, allemande et arabe, ne se trouve antérieurement que dans deux contes indiens, beaucoup plus anciens, — moins bien mise en valeur dans l'un, moins bien amenée dans l'autre, — peut-on croire que les premiers dérivent ou ne dérivent pas des seconds? » Bien des esprits, qui franchiront par la négative la question de Bédier, se refuseront à franchir celle-ci, particulièrement si on leur fait voir que nombre d'apologues bouddhiques tendent à mettre le sage en garde contre la puissance de la femme. Les raisons de Bédier valent surtout, mais au point de vue purement général, s'il est vrai qu'on ne peut trouver dans l'Inde, antérieurement au moyen âge, que 11 147 des <( situations » des contes, apologues et fabliaux de notre moyen âge. Car il doit s'en trouver fatalement un certain nombre de par la nature de l'homme, qui est presque identique en tous pays, et plus de par la parenté des races « indo-européennes ». Si donc il ne s'en trouve pas beaucoup, c'est que, depuis la séparation des rameaux indiens et européens, il n'y a pas eu beaucoup d'échanges actifs, et que les croisades, en
particulier (*), n'ont pas eu les conséquences qu'on leur attribue. Ce qui est indéniable, croyons-nous, dans les croisades, c'est l'éveil dans notre moyen âge, au contact de l'Orient, d'une sensibilité poétique particulière, et c'est ce que nous avons voulu symboliser dans le Triomphe de la Captive (Effort des Races). Quant à croire que beaucoup de contes en ont profité pour passer, avec armes et bagages, du camp sarrazin au camp des croisés, ou même inversement, c'est beaucoup moins sûr; la pénétration des adversaires ne semble pas avoir été, à cette occasion, assez intime pour cela. Cependant, des contes orientaux ont été incontestablement traduits vers cette époque et propagés en langues européennes par l'écrit et par la parole ; qu'ils aient introduit dans notre littérature de nouveaux sujets, c'est probable. Que le lai d'Aristote soit dans ce cas, nous ne voyons pas de raison de l'affirmer, ni de le nier; d'une part, il n'y a point de preuve matérielle du passage; d'autre part, les présomptions de Bédicr nous paraissent sans valeur. Elles reposent sur ce que les (ormes médiocres d'un conte ne voyagent point, mais il ne faut point confondre sous ce mot vague de « formes », ce qui peut se représenter par le dessin — c'est-à-dire la « situation » — et ce qui ne peut se concevoir que par l'esprit, — à savoir la cause et la morale de la situation, disons le « sens » du conte. C'est, croyons-nous, la situation qui voyage, et on l'habille de sens différents, suivant l'esprit qui désire en tirer œuvre d'art ou d'utilité. Or, la situation de V homme chevauché par une femme est identique dans le conte du moyen âge et dans les contes indiens antérieurs. Pour en concevoir la portée
"(1) Il y a eu, du reste, d'autres contacts plus prolongés et plus intimes en Espagne, entre Arabes et catholiques, dans l'empire d'Oi ient, etc.
possible, il suffît, dans le milieu de propagation du conte : 1° que l'homme soit tenu pour socialement supérieur à la femme; 2° qu'il existe des animaux de selle domestiqués. Ce sont là notions des anciens âges et dont la première était plus vivace alors qu'aujourd'hui. La situation du lai d'Aristote a donc pu être imaginée ou retrouvée depuis des millénaires et plus facilement partout où la distance entre L'homme-maître et la femme-servante était sociablement considérable. N'allons pas plus loin. N'affirmons pas l'origine orientale puisqu'aucun fait matériel ne la démontre. Quant à l'origine spontanée du conte en plein moyen âge, préférons n'y pas croire; ce conte était viable, vraiment, depuis trop de milliers d'années. Bédier dit luimême : « Cette idée, peu compliquée, a pu naître une infinité de fois ».
(Lucien) Bé£ule. Parle de la sculpture de saint Jean de Lyon dans sa Monographie de la cathédrale de Lyon (planche B, n° 2 et p. 201); (D'après * Gasté). Lyon. 1880, B. N. = L K? 22.076.
Bclair. Auteur de l'ouvrage le petit Savant de Société, recueil extrait des manuscrits de M. Enfantin, corrigé et augmenté par M. Belair, 2U édition, Caillot, rue Pavée-Saint-André (lre édition, 1801, an IX). Au nombre des pénitences désagréables, figurait le Cheval d'Aristote (t. IV, p. 23, figure planche II) : « Le cavalier qui est condamné à remplir cette pénitence est obligé de se mettre à quatre pattes par terre, et il promène autour du cercle dans cette attitude une dame désignée par la société. Cette dame, assise sur son dos, est embrassée par tous les cavaliers devant lesquels elle passe ». (D'après * Gasté, qui reproduit la figure de l'ouvrage). N'est-il pas ironique délicieu-