SAUVA
sèment, le nom de « cavalier » donné au pauvre pénitent ?
(Charles de) Bcuvelles. Chanoine de Noyon ; on trouve dans ses Proverbes et dits sentencieux (Nyvelle, Paris, 1557, p. 44): « Pareillement d'Aristote, sage philosophe, lequel, à deux genoux, sacrifia à son amie comme il eut fait à la déesse Cérès ».
(Jehan) Bras de fer de Dammartin. Traducteur en vers du Pamphile. Pamphile ayant allégué l'aventure d'Aristote comme exemple de la ruse des femmes, sa vieille interlocutrice reprend :
Mais chou que d'Aristote dis Qui fut clievauchiés, loue tes dis, Appocriffe est, non escriture ; S'a ge veue en mainte painture Femme chevalchier Aristote ; Or n'i a villain qui n'en rote, S'en ont une rieulle commune ; S 'aucun s vient à crasse fortune Il dit : « Pain moi chez Aristote Dont la femme fait haritrote ».
Cité par * Paris dans son article de la Romania ; il en conclut fort justement que lé sujet devait être fréquemment exploité dans les peintures décoratives des maisons.
Briséis. Voir * Arène.
Campaspe. Voir Victor *Hugo.
(De) Caumont. Auteur d'un fort remarquable Abécédaire ou Rudiment d'archéologie. (Archit. religieuse,
éd. in-8, Paris, Derache, 1853-1858; Caen, 1869, B. N. = 34.142. — Arch. civile et militaire, éd. in-8, Paris, Derache. le, 1850. — 2<l, 1851 : pp. 97 et 307, dessin du médaillon de Gaillon. — 3e, 1854. — 4e, 1859, p. 434: dessin de la sculpture de saint Pierre de Caen, que nous reproduisons p. 7. — 5e, 1867, t. II, p. 498. B. N. == 34.144).
(Comte de) Caylus. Cite avec honneur le fabliau d'Aristote, d'après le M. 19.152 (alors 1.830, de Saint- Germain), mais sans en nommer Fauteur, dans son Mémoire sur les fabliaux (daté de juillet 1746, inséré dans les Ménï. de litt. tirés des Registres de VAc. des Inscr. et Belles Lettres de Paris, 1753, t. XX, pp. 362- 364).
(Le) Dict du Chancelier Philippe, autre œuvre d'Henri d'Andeli (266 vers), comme il résulte des vers suivants que Ton y trouve :
Cest dit fit Henri d'Andely.
Diex ait del chancelier merci.
Le chancelier dont il s'agit serait Philippe d'Antogny, (d'après de *La Rue. *Héron précise: Philippe de Grève, chancelier de l'église de Paris), mort dans la nuit du 25 au 26 décembre 1236 (d'après le dict luimême), ce qui permet de dater l'œuvre, et par suite, approximativement, le lai d'Aristote, s'il est avéré que l'auteur est le même.
A retenir de ce dict les vers suivants :.
Por ce qu'il est de vérité
Ne l'apele mie fablel ;
Ne l'ai pas escrit en tablel,
Ains l'ai escrit en parchemin.
Par bois, par plains et par chemin
Vodra qu'il soit ben recitez
S AI) Y A
(ce qui a fait conclure que le poète écrivait ordinairement sur des tablettes de cire), et ceux-ci, qui donnent la date du dict :
Qui de sa mort veut savoir terme M. et CG. et XXXVI Joigne ensemble et tôt issis De sa mort aura vérité L'endemain de Nativité.
Durante da Gualdo fait une allusion à notre sujet dans Léandra, L. VI, fol. 39, édition de 1508.
Directorium bumanae vitae. Voir 'Pantchatantra et 'Textes orientaux, etc.
Diptyque en ivoire du Musée da Louvre. Attribué au xine siècle. N'est-ce point celui qui est cité et reproduit dans l'ouvrage de Dom Bernard de 'Montfaucon (Voir ce nom)? Voir catalogue des ivoires du Louvre, par Molinier.
Ecole de l'origine orientale des fabliaux et Contes du moyen â£e. Les premiers qui parlèrent de cette origine orientale furent des Français du XVIIIe siècle, Silvestre de Sacy et Loiseleur. Us étaient du reste très modérés dans leurs conclusions ; Deslongchamps, dans son Essai sur l'introduction en Europe des fables indiennes, remonta ensuite au-delà des Arabes et des Persans. Mais le véritable créateur de l'école est l'Allemand Benf'ey dans son Introduction à la traduction allemande du * Pantchalantra (1859, 600 pages. Voir 1. 1, p. 461, t. II, p. 306, Weiberlaumen — caprices de femmes — § 187, pp. 461-462, rapprochements); il fonda en 1860 la revue Orient et Occident, Disciples : en Allemagne, Liebrecht, Brockaus, Gœdeke, plus
tard Reinhold Kœhler (1898, Origine des Contes populaires) ; en Angleterre, Mùller ; en France, Gaston * Paris.
*Bédier attaqua les conclusions de cette école en 1893, et les démolit en tant que système général.
(Manuscrit de la bibliothèque) d'Epinal, n° 189, xvL s., cité par Bonnardot dans le Bulletin de la Société des anciens textes français (1876, nos 2 à 4, pp. 64-132). On lit f. 162, r° :
Par femme fut Adam dessus,
Et Virgile mosquez eu fut,
Ypocrasse (Hippocrate) en fut enerbez,
Ssansson le fort deshonorez,
Davit an fit fault jugemant,
Et Sallemon (Salomon) fault testamant,
Femme chevalchat Aristote :
Il n'est rien que femme n'aisotte.
Et s'est la manierre commant lé VII saige furent dessus per
[femme.
(Président) paucbet. Comme il résulte d'une mention manuscrite, fut propriétaire du M. 1.593, qui contient Aristote. Ecrivit un ouvrage : Recueil de V origine de la langue et poësye françoise, rgme et romans, etc. (Paris, 1581), où il parle de notre fabliau sans nommer Fauteur. Il donne 127 noms de poètes vivant avant 1300, dont Rogerin d'Andeli, mais non celui de Henri d'Andeli.
fillis. V. * Aristote et Fillis.
frontispice du livre Henricii Glareali de Geographica liber unus (Fribourg en Brisgau, 1522). Donne, en
gravure, l'épisode principal de noire fabliau. Il paraît qu'il en est de même pour beaucoup d'autres livres (d'après Bédier). Ce frontispice porte également le sujet du Virgile à la corbeille.
Gaillon, commune du département de l'Hure. La scène d'Aristote chevauché se trouve sur un tout petit médaillon de pilastre de la chapelle de Gaillon, transportée par morceaux dans la cour de l'Ecole des Beaux-Arts, à Paris (fig. p. 90 de la présente brochure) ; on trouvera le pilastre en question (en entrant par la rue des Beaux-Arts) à gauche, dans l'hémicycle de la cour du fond. La chapelle de Gaillon fut élevée par le cardinal Georges d'Amboise, sous le règne de Louis XII (1498 à 1515). *Guilhermy (dessin), de *Caumont (dessin), * Héron, *Gasté ont parlé de ce médaillon ; Guilhermy y a reconnu, ce qu'il est difficile de faire à présent, qu'Aristote porte la robe fourrée des docteurs de l'Université; le sculpteur a suivi fidèlement le texte du trouvère, son compatriote : la femme « déloiée et deschainte ». Le même pilastre porte d'autres médaillons curieux, notamment Adam et Eve.
(Armand) Gasté, professeur à la Faculté de Caen> auteur d'un très intéressant ouvrage intitulé : Un chapiteau de V église * Saint -Pierre de Caen (Henri Delesques, Caen, 1887, B N = L 9 j. 2.857), où il étudie les figures présentées par ce chapiteau — entre autre celle d'Aristote chevauché — toutes tirées de la littérature du moyen âge, comme l'avait déjà remarqué de *La Rue. Il en donne la reproduction, ainsi que de l'Aristote chevauché de *Saint-Jean de Lyon, de * Gaillon, de * Rouen (portail et stalles), et de la figure du Petit Savant de Société de *Belair. La documentation de cet ouvrage est des plus complètes.
(Théophile) Gauthier. On lit dans le Capitaine Fracasse (édit. ill. par G. Doré, in-4°, pp. 34-35) : « Le dieu portecarquois oblige volontiers les héros et les dieux à mille actions et déguisements bizarres. » Il y est question, sous ce jour, de Jupiter et d'Hercule, puis : « Aristote le prud'homme marchait à quatre pattes, portant sur son dos sa maîtresse, qui voulait aller à philosophe (plaisant genre d'équitation). »
Gesta Romanorum. Contes du moyen âge, dont l'un montre Aristote veillant sur les amours d'Alexandre. (Edition Oesterley, n°s 31, 34, 37). Voir également pour le plus curieux de ces contes, le Baiser empoisonné : *Gesammtabenteuer, *Landau, *Hertz, *Secré des Secrez, notamment ce dernier.
Gesammtabcntcuer (mot à mot collection d'aventures). C'est un recueil de contes allemands semblables à nos fabliaux renfermant 60 contes, dont 30 % au moins (d'après Bédier) ont leurs analogues chez nous. Il a été publié avec notes de Van der Hagen. Le conte Aristoles und Fillis est sensiblement le même que notre fabliau (t. I, n° 2). Voir également notes: I, p. lxxviii, reporte au * Promptuarium ; I, p. lxxx, sur les rapports d'Alexandre et d'Aristote au moyen âge, le baiser empoisonné ; I, V. rapprochements ; III, p. cxiii, référence.
(Ch ) Gidel. Traite de la légende d'Aristote au moyen âge dans Y Annuaire de l'Association pour l'encouragement des études grecques en France (1874).
Gower. Allusion dans Confessio Amant. s, L. VIII, fol. 189.
Grin£cre (Gringoire). Dans les Menus propos de Mère Sotte, de ce poète, on voit Dame Raison chevaucher Aristote. J'aurais pu, dans le préambule en vers, ajouter ce nom à celui des nombreuses sœurs de Sâdya.
Guenebault. Auteur d'un Dictionnaire iconographique de l'antiquité chrétienne et du moyen âge (1843, in-8°). A l'article Aristote (tome I, p. 91, col. 2), il mentionne les sculptures de la stalle de 'Rouen, de 'Saint-Jean de Lyon, de 'Gaillon, et l'ivoire signalé par de 'Montfaucon.
Guilbermy. A publié un article dans la Reuiîe générale de l'architecture et des travaux publics, direction César Daly (1840, col. 385-396, cote B. N., V 407 Y a'), intitulé : « Les fabliaux représentés dans les églises ». Il donne le dessin des sculptures de 'Saint- Jean de Lyon et de 'Gaillon que nous reproduisons d'après le sien (fig. p. 98 et 90 du présent livre). Voir aussi les Ann. Arch. de Didron, t. II, 1847, p. 1.845.
Hans Sachs. Allusion dans Comedi, t. III, p. 2, fol. 64, édit. de 1651.
Hau es. Allusion dans The pastimes of pleasnre, ch. xxix, p. 137, éd. de 1845.
(A.) Héron. Auteur de trois intéressants ouvrages se rapportant à notre sujet :
1° Œuvres de Henri d'Andeli (Glaudin, Paris, in-4<>, 1881. B. N. = 8* Ye 6025). On y trouve le texte des quatre poésies attribuées au trouvère, et des notices très documentées tant sur l'auteur que sur ses œuvres.
Héron y fait connaître qu ' Henri d'Andeli ne peut être le chanoine dont parle de * La Rue (voir aussi P. *Meyer), car celui-là obtint cette dignité au plus tard en 1198, fut chantre en 1207 et ne l'était plus en 1223, ce qui ne put advenir que par sa mort ou son accession à une dignité plus haute, dont on ne trouve nulle trace ; donc, il n'a pu composer le Dict sur la mort du chancelier Philippe, qui date, d'après le Dict lui-même, de 1236 ou 1237. Héron croit qu'Henri d'Andeli était un clerc attaché à la personne d'Eudes Rigaud, évêque de Rouen vers 1227. (Réfer. : Dom Pommeraye, Hist. de VégL cath. de Rouen, 1686, liv. III, ch. VII, p. 337 : un Henri d'Andeli vers 1212. — Farin, Hist. de la Ville de Rouen, 3« édit., 1738, t, III, p. 300 : un Henri d'Andeli vers 1207. — Note p. 174, no 2, dans l'ouvrage de E.-H. *Langlois, sur les stalles de Rouen. — Registrum Visitanio, mém. de l'arch. Eudes Rigaud, édit. Bonnin, p. 334, 13 des calendes d'avril 1258 1259 : un clerc Henri d'Andeli).
Henri d'Andeli se donne lui-même la qualité de clerc : ... et icil clercs qui ce troua... Il y a, du reste, dans ses œuvres, une réserve bien ecclésiastique, qui tranche sur la grossièreté du temps, et les détails sur les écoles, dans la Bataille des VII Ars, sont de quelqu'un qui s'y connaissait. Héron donne sur l'iconographie et la bibliographie une documentation dont nous nous sommes largement servi.
D'après Héron, la filiation des manuscrits contenant notre fabliau serait la suivante :
xy y et z étant des copies non retrouvées:
2° Une représentation figurée du lai d'Aristole (Rouen, Lestringant, 1891, B. N. = 4<> V pièce 3.481). Il s'agit de la boiserie de * Saint-Valéry-en-Càux qui, jusqu'alors, n'avait pas été signalée.
3° La légende d'Aristole cl d'Alexandre (Rouen, Cagniard, 1892. B. N. = 8» Ye 3.001).
(Wilhelm) Hertz. Ouvrage : Die Sage von Gif'imadchen, la légende de la fille empoisonnée (Munich, 1893), voir au mot * Secré.
Hieronymi Morlini Novellae, etc. (Paris, 1885, p. 158, ss. nov. 81). Sorte de roman à tiroirs; une pierre précieuse doit y être donnée à celle de trois femmes qui aura subi au cours de sa vie galante la plus cruelle humiliation. Les trois femmes y racontent chacune une histoire (la Statue, la Femme chevauchée, la Tige d'oignon) ; la seconde est la contrepartie du lai d'Aristote. (D'après Bédier).
(Victor) Huço. Dans les Misérables (1862), il est dit du bailli de Ferrette, t. V, p. 126 : « à l'exemple d'Aristote, accroupi sur Gampaspe, il avait fait marcher la Guimard à quatre pattes, et de la sorte montré aux siècles un philosophe vengé par un bailli ». La phrase est contradictoire; il faudrait, pensons-nous, « sous » Campaspe; mais alors « à l'exemple d'Aristote » ne s'applique plus. — Campaspe, était, en effet, le nom d'une maîtresse d'Alexandre, mais pas celle du fabliau, d'après *Gasté.
Dans les (Chansons des mes et des bois (1865), ce quatrain:
O sage, comme vous rampâtes !
Gampaspe est nue en son grenier Sur Aristote à quatre pattes :
L'Esprit a l'Amour pour ânier.
Imbert a tiré de ce sujet un conte dans Choix de Fabliaux mis en vers (1788, 2 vol., t. I, pp. 157-170).
Ivoires de la Bibliothèque Nationale (Cabinet des médailles et antiques). Il y aurait, paraît-il, un ivoire représentant notre sujet ou celui de l'enchanteur Virgile. Il a été signalé (Bibl. Royale, cabinet des médailles et antiques) par Duchalais dans Le Rat employé comme symbole dans la sculpture du moyen âge (Bibl. de l'école des Chartes, 2« série, t. IV, p. 232), où il parle incidemment du lai de Virgile et. de celui d'Aristote.
Lai.
Nombre d'auteurs et deux des manuscrits de la B. N. appellent lai d'Aristote le poème d'Henri d'Andeli ; d'autres le nomment fabliau (fableau, comme disait plus exactement * Paris).
Qu'est-ce donc qu'un fabliau ? C'est un conte, à rire, en vers, dit *Bédier, qui éclaire ensuite par des exemples cette définition un peu étroite. Nous préférons celle de Lançon (Hist. de la litt. fr., Hachette, 1895): (( Contes plaisants en vers, dont les sujets sont en général tirés de la vie commune et physiquement vraisemblables. » C'est cette vraisemblance physique qui nous a permis d'en tirer des pièces ; la forme en est exactement celle qui, appliquée au théâtre, a donné les farces du moyen âge.
Qu'est-ce qu'un lai ? « Il est certains récits, lit *Bédier, que les jongleurs appellent des lais, et qui sont de
S AI) Y A
simples contes à dire, mais narrés avec plus de finesse, de décence et de souci artistique. Pourquoi les jongleurs ne les appellent-ils pas des fabliaux? Parce que le mot s'était sali à force de désigner tant de vilenies grossières, il leur répugnait de l'appliquer à leurs contes élégants, et le nom de lai, qui avait pris un sens assez vague, mais s'appliquant toujours à des poèmes de bon ton, leur convenait à merveille. Ces contes sont des fabliaux plus aristocratiques, des fabliaux pourtant». D'après Paris (Romania n° 25, janvier 1878, pp. 1-2), les véritables lais étaient des sortes de livrets de mélodies bretonnes connues. — Le plus ancien fabliau (Richent) est de 1159; les derniers sont de Jehan de Coudé (mort en 1340).
Landau. Parle de la légende de la fille empoisonnée dans les Quelle n des Dekameron, Sources du Décaméron, p. 228. (Voir le mot "Secré).
Lange. Allusion dans Démocritus RUlens, p. 605, éd. de
(E. Hyacinthe) Lançleis. Il parle de la stalle dont la fig. est p. 45, du lai d'Aristote et de son auteur dans une Notice sur les bas-reliefs des stalles de la cathédrale de Rouen (Mém. Soc. Emulation, Rouen, 1827, pp. 12-38).
Auteur également de l'ouvrage intitulé : Les stalles de la cathédrale de Rouen (1838, in-8<\ B N = L9 j 550, pp. 161-177), où il donne, pi. I, n« 9, le dessin de la miséricorde de stalle qui nous a servi pour notre fig. p. 45.
(Abbé Gervais de) La Rue. Esprit curieux, mais un peu prompt aux déductions et identifications. A
publié des Essais historiques sur la ville de Caen (Poisson, Caen, 1820, 2 vol. in-8o, B N = L 7 K 1.514), où l'on trouve t. I, p. 97, un dessin grossier du chapiteau de * Saint-Pierre de Caen (le bras gauche de la femme est supprimé, mais on voit les trois lanières du fouet). A publié également des Essais historiques sur les bardes, les jongleurs et les trouvères normands et bas-normands (Mancel, Caen, 1834, 3 vol. BN= Ye 25.602 à 25.604), où il donne — postérieurement à E.-H. *Langlois — Henri d'Andeli comme l'auteur du fabliau d'Aristote: t. III, pp. 33-40; on y trouve aussi des renseignements sur la vie et les œuvres de ce trouvère ; selon lui, c'était un chanoine de Rouen, que le pape délégua, en 1216, avec Guillaume de Marleiz, chanoine de la même église, pour juger le procès existant entre Raoul, archidiacre de Baveux, et René, curé de Percy, chapelain de la chapelle castrale de Thury (Harcourt). (Chartul. Bajoc, indique de La Rue entre parenthèses). Voir ce que pense de tout cela A. * Héron ; voir également *Meyer.
(Jean) Le JFcvre de Ressons-sur-Matz. Allusion dans la trad. en vers français du Livre de Mathéolus (deuxième moitié du xive siècle); c'était un poème latin dans lequel, une cinquantaine d'années auparavant, un auteur s'était vengé sur les femmes en général des tourments que lui avait fait endurer la sienne. Voir dans la rééd. de Bruxelles, 1846, livre 1er, vers 1101 et suivants.
Le^rand d'Aussy. On trouve une imitation en prose du lai d'Aristote dans le livre de Legrand d'Aussv : Fabliaux ou contes des xne et xiik siècles (lre édition 1779, 3 vol. in-8, Paris, t. I, p. 297. - 2e édition, Paris, 1781, 5 vol. petit in-12. — 3e édition par
A. Henouard, 1829 : 5 vol. in-8, Paris, Renoua rd.
B. N. = Ye 7.281 à 7.285, t. 1, pp. 273-286; page 280, Renvoi à la Bibl. Instructive et amusante, t. II, p. 15) Titre: Lai d'Aristote, par Henri d'Andeli. A propos du lai d'Aristote, il dit: « Ce conte est vraisemblablement un de ceux que les auteurs de fabliaux avaient pris aux Arabes. On le trouve dans les mélanges de littérature orientale sous le titre du * Vizir bridé et sellé. Toute la différence, c'est qu'ici les personnages sont un sultan, son ministre et une odalisque ». Legrand d'Aussy estime que le trouvère a choisi comme personnage Aristote parce que celuici était le plus représentatif de l'époque. Parle également de *Spranger, du marbre du marquis de *Vence et d'un sujet analogue de Fr. Van Bossuit (mort en 1(592) : Vénus nue sur Pan que l'Amour tire par un licou.
(Henri) Lebmann. Peintre, auteur d'un tableau moderne exposé à l'Exposition universelle de 1855 (fait partie de la galerie de lord Seymour ; a été lithographie par Lemoine pour le journal V Artiste); sujet : Alexandre est assis dans une grotte, la main gauche appuyée sur l'épaule d'une jeune esclave demi-nue; à l'entrée de la grotte, Aristote à quatre pattes, honteux d'avoir été surpris, porte sur son dos une jeune femme souriante.
(F.) Licbrccbt. Voir Germaiiïa, I, 258. Il ajoute aux versions connues une variante espagnole.
MabâUâtjâjana ui>d Kcni£ Tscbanda Pradjcta, ein
Cyclus buddhistischer Frzahlungen, mitgetheilt von A. Schiefner (Méfti. Acad. de Saint-Pétersbourg, VIF série, t. XXII, no 7, p. 25). M. et le roi T. P., un cycle d'histoires bouddhiques, traduit par S.
'Bédier qui, le premier en France, signala cette leçon indienne, définit le sujet à peu près ainsi :
« Bharata, le ministre d'un roi puissant, a dompté le peuple des Pandavas. Parmi les captifs se trouve une jeune fille du nom de Tara, couvertes d'ulcères repoussants. — Est-il possible, dit le roi en la voyant, que jamais homme consente à s'unir à semblable fille? -— Non seulement cela est possible, ô roi, dit le vizir, mais je gage qu'elle forcera un homme à la porter sur son dos et à hennir.
En effet, le ministre fait soigner et guérir Tara, qui redevient fort belle. Un soir qu'il avait convié le roi à dîner, la jeune fille, d'une salle voisine, lance par mégarde par-dessus un rideau sa balle, qui vient tomber au milieu des convives ; elle entr'ouvre le rideau : « Père, rends-moi ma balle ! » Le roi est ébloui, et demande à Bharata sa fille, que celui-ci lui accorde.
<( L'amour du roi pour Tara va grandissant de jour en jour. A quelque temps de là, Bharata demande à Tara : « Fille, te sens-tu capable d'obtenir du roi qu'il te porte en hennissant? » Tara répondit :« Père, je verrai ».
« Tara prend devant le roi une attitude désolée. Il s'inquiète, l'interroge : « O roi, les dieux sont contre nous ! — Que leur as-tu fait, reine ? — Voici, ô roi ! Quand tu as envoyé mon père chez les Pandavas, j'ai fait ce vœu que, s'il revenait sain et sauf et victorieux, j'obtiendrais de mon époux qu'il me portât en hennissant. Hélas ! le nombre des femmes de ton sérail est si grand que, je le sens bien, je ne pourrai jamais accomplir mon vœu ! — Beine, dit le roi, je ferai selon ton désir. » Mais Tara reste désolée. « As-tu quelque prière nouvelle à m'adresser? Parle. — Pas la moindre, ô roi, mais mon vœu comportait que des brahmanes fussent présents, ainsi qu'un joueur de luth qui jouerait pen-
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dant que les autres prieraient. » Et ainsi fut fait: le roi se laissa chevaucher par Tara au bruit des instruments et des chants. » Le récit continue ensuite, niais dans une direction qui ne nous intéresse plus.
Données illogiques, dit avec raison *Bédier. Ce qui était en jeu, c'est que l'ulcère même ne pouvait rebuter un amoureux. Ce qui est démontré, c'est qu'une femme aimée peut faire faire à son mari ce qu'elle veut. Cela ne vaut pas notre fabliau, où la femme triomphe de son ennemi, qui est par surcroît un sage. Malgré de charmants détails (l'épisode de la balle, et la chevauchée parmi les chants), cette leçon indienne est donc inférieure à la nôtre. C'est notre avis.
Schiefner affirme, p. vu, que c'est Jacques de Vitry (Voir *Promptuarium) qui a transplanté ce conte d'Orient en Europe.
(Le) Maître du Livre de Raison. Il s'agit d'un primitif dont parle Louis Réau dans son ouvrage des Primitifs allemands (Laurens, 1910, chap. des graveurs) et qui travailla à Mayence, croit-on, vers 1430 : « A la différence de Schongaûer, il préfère aux sujets religieux les sujets profanes. Des allégories bizarres et troublantes : un homme sauvage monté sur une licorne, une femme nue sur le dos d'un cerf, le jeune homme et la mort, la courtisane Phyllis chevauchant triomphalement le philosophe Aristote, etc. » (Voir *Aristote et Fillis).
Marmontel. Auteur d'un conte moral, le Philosophe soi-disant, qui s'apparente, d'assez loin, avec notre sujet.
(Antony) Méray. Auteur de l'intéressant ouvrage La Vie au temps des Trouvères où il fait, p. 203, de la
cavalière d'Aristote « une blonde et railleuse fille de la Gaule », on ne sait pourquoi. (Claudia, 1873).
Méon. Voir *Barbazan.
(Jean de) Meunê (1279-1320). On trouve dans son Codicile, st. 441, les deux vers suivants :
Virgile et Aristote en furent ja si ivre
Que petit leur valurent leur engin (esprit) et leur livre.
(Cité par Méril dans son édition de Virgile l'enchanteur (Mélanges arch. et litt., 1850, in-8«, p. 474).
(Paul) Meyer. Auteur d'un livre sur Alexandre le Grand et la littérature au moyen âge (1886). Voir t. II, pp. 69, 70 et 367-380.
Dans un article de la Romania (n(> 2, avril 1872, p. 190) sur « Henri d'Andeli et le Chancelier Philippe », il annonce qu'il a découvert le document que l'abbé de *La Rue désignait par cet abrégé « Chartul. Bajoc. » et qui est le Livre noir de l'Église de Bayeux, f° 56, v° n° 212 (manuscrit appartenant actuellement au chapitre de Bayeux) : « H. de Andelico et G. de Marleiz, canonici Rothomagensis ».
Mentai^lon et Raynaud ont édité un Recueil général des Fabliaux des xme et xivc siècles (Libr. des Bibliophiles, Paris ; 6 vol. in-18, 1872-1883, le 6e en 1890) où se trouve le lai d'Aristote (t. V, 1883, B. N.;=8° Ye 484, texte p. 243, notes p. 392) d'après le^texte de *Héron, semble-t-il.
(Dom Bernard de) Montfaucon. Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur. Auteur d'un ouvrage remarquable de documentation par l'image : L'Anti-
quité expliquée (1719, Paris, Delaulne, 5 tomes infolio. B. N. : L 28-29). Il y donne, t. III, p. 356 et pi. 194, la reproduction d'un diptyque en ivoire qu'il attribue au xnr- siècle, comprenant quatre dessins dont deux se rapportent à notre sujet (voir fig. p. 6 de la présente brochure) : en bas, la maîtresse d'Alexandre cueille des fleurs et, dans un réduit, Aristote fait un geste d'admiration ; en haut, Alexandre et Hphestion (?), du haut d'une tour, contemplent la femme à cheval sur le dos d'Aristote, « bestialisé » par une queue et ayant des pattes en guise de bras. Ce diptyque est maintenant au Louvre (Voir * Diptyque).
Nuremberg. Au Musée germanique de Nuremberg, se trouve une peinture sur verre représentant notre sujet (d'après Bédier). Voir une communication de Gaidoz dans le Bulletin de la Société des Antiquaires (1888, p. 230).
(Thomas) Otway. Dans une tragédie intitulée Venise sauvée, se trouve une scène qui s'apparenterait de très loin à notre sujet : un sénateuY fait le chien, et paraît prendre quelque plaisir à recevoir, en cette qualité, des coups de pied de sa maîtresse.
Pantcbatantra. Le Pantchatanlra est l'abrégé indien d'un recueil sanscrit, dont le texte est perdu, et qui doit remonter, à deux cents ans près dans un sens ou dans l'autre, au début de notre ère ; il n'a été connu en Europe pour la première fois que par l'édition allemande de Kosegarten (1848); il fut traduit et annoté en allemand (1859) par Théodore Benfey, de Gœttingue (voir § 187, pp. 461-462), le maître de l'*Ecole de l'Origine orientale (voir ces mots) ; un choix fut publié en France par l'abbé
SADYA a
J.-A. Dubois (1872) sous le titre : Le Pantchatantra ou les Cinq Livres, fables du brahme Vichnou-Sarma, aventures de Paramartra, etc., mais le récit du roi chevauché ne s'y trouve pas ; la première traduction française, contenant notre sujet, est celle de Lancereau (1871, p. 296).
Le Pantchatantra est frère d'un recueil pehlvi (langue antique de la Perse); tous deux furent traduits du livre sanscrit antérieur aujourd'hui perdu, et le second pour un prince sassanide du vic siècle de notre ère; tous deux constituent ce qu'on peut appeler la 2° génération de l'ensemble de ces contes.
Le texte pehlvi est également perdu, mais il a donné lieu, d'après * Paris, à une traduction syriaque (3e génération) retrouvée au xixe siècle dans un couvent arménien, et d'où provient à son tour une traduction arabe (vine s.) d'Abdallah-lbn-Almokaffer sous la forme du roman de Calila et Dimna (4e génération).
Ce roman arabe a été traduit en langues orientales, et également en grec, en espagnol au XIIIe siècle (éd. Gayagos, 1860) et en hébreu (5e génération).
N'examinons que la postérité du texte hébreu, qui n'est pas encore publié, mais qu'on sait avoir été traduit de l'arabe vers 1263 par le rabbin Joël, et qui paraît seul avoir pu donner des manuscrits connus en France au moyen âge.
Du texte hébreu dérive (6e génération) la traduction latine de Jean de Capoue, intitulée * Directorium humanae vitae (diverses éditions en livres, 1540. Derenbourg, 1817), faite entre 1263 et 1278, mais le conte du roi chevauché y a été omis.
Le Directorium fut traduit : en allemand (1205 et 1385) sous le titre de Buch der Weisheit, livre de la sagesse; en italien par A.-F. Doni, Filoso/ia Morale (1552-1606); en espagnol. (7e génération)
8e génération : de la version espagnole du Directoriura, sort une nouvelle version italienne, Discorsi degli animall (1548) par Firenzola, qui, en 9e génération, donne enfin des traductions françaises de Gottier (1556) et de Pierre de Larrivey (1577).
On voit qu'en suivant le chemin indiqué, le conte du roi chevauché n'a pu être transmis à Henri cTAndeli, en dehors de la tradition orale, que par une des œuvres des cinq premières générations; encore les œuvres de la 5e génération ne sont-elles pas, d'une manière certaine, antérieures à notre fabliau.
C'est la discussion à laquelle se livre * Bédier, qui raconte à peu près en ces termes le sujet du conte du Pantchatantra, similaire du lai d'Aristote :
« Un ministre très sage, Vararoutchi, à la suite d'une querelle conjugale, n'obtient son pardon qu'à la condition de le demander à genoux, la tête rasée, bien que ce ne soit pas le jour consacré pour cette toilette. Pareillement son souverain Nandé (ou Nanda), après s'être querellé avec sa femme, n'obtient sa grâce que s'il se laisse mettre un mors dans la bouche et chevaucher par elle tandis qu'il hennira comme un cheval. Au matin, comme le roi siège dans l'assemblée, Vararoutchi arrive, et le roi lui dit : — « Hé ! Vararoutchi, pourquoi ta tête est-elle rasée, sans que ce jour soit consacré? » Et le ministre répond : « Là où ceux qui ne sont pas des chevaux hennissent, on se rase la tête sans que ce soit le jour. »
Le texte indien fait donc coup double. Bédier trouve ce sujet médiocre; évidemment, il ne vaut pas le conte français, mais tout de même il a son charme et sa valeur. Bédier le résume ainsi : « Deux maris, l'un très puissant, l'autre très sage, supportent, pour apaiser leur femme, des épreuves diverses et ridicules, et se raillent l'un l'autre ». Le conte français, lui,
montre « un philosophe incliné à faire ce qu'il reproche aux autres», et la femme imposant sa puissance même à qui paraît la mépriser.
(Gaston) Paris. Il fut le plus fervent des amants de notre moyen âge français, et nous lui devons, sur la littérature de cette magnifique période, les livres les plus documentés et les plus vivants.
En ce qui concerne plus particulièrement notre suje!, il a rendu compte de. l'édition des Œuvres de Henri d'Andeli, par * Héron, dans un article de la * Romania (XI, pp. 188-139); naturellement, en disciple de Benfey, il en reporte l'origine au Pantchalantra ; il donne la citation de Jehan * Bras de Fer de Dammartin, qui prouve la célébrité du lai d'Aristote au moyen âge.
Sur la prétendue origine indienne de nos contes, on lira de lui avec plaisir Les Contes Orientaux dans ta littérature française du moyen âge (leçon formant brochure de 24 pages, Franck, 1875. B. N. = Yp2 1.213. Extraits de la Revue littéraire, 4e année, n° 43, 24 avril 1875, p, 1.011, col. 2; p. 1.013, col. 1).
Voir également du même auteur : La litt. fr. au moyen âge, 2U édition, p. 112(1).
Le couplet du fabliau : « En un verger, lez une fontenelle... » figure au Romancero français édité par Paulin Paris, père du précédent (d'après manuscrit n° 20.050, alors Saint-Germain 1.989) (Paris, Techener, 1833, petit in-8. B. N. =r Réserve Ye 4.755), pp. 37-38, on y trouve une chanson de six couplets, dont le premier est sensiblement celui que chante la maîtresse d'Alexandre. L'Histoire littéraire de la France, de P.
(1) P. Meyer a dirigé les 3* (1905) et 4e édit. (1909, Hachette. n. N. - 8' Z 17.755).
Paris, t. XXIII, p. 811, cite également cette chanson et, même tome, p. 70, renvoig aux Lalin Stories, p. 74 (voir *Promptuarium).
Promptuariutn exemploruir>, d'après Jacques de Vitri, ouvrage du moyen âge, en latin, où l'on trouve lettre M, titre Des Femmes, ex. 67, un rappel du lai d'Aristote. Jacques, né à Vitri, près Paris, mort vers 1280, fut évêque de Ptolémaïs, archevêque d'Acre, et savait l'arabe; (d'après Paris). Schiefner (Voir *Mahâkâtjâjana) n'hésite pas à lui attribuer la transplantation du conte d'Orient en Occident en prenant Aristote pour personnage. Consulter également Wright, Latin Stories, n° lxxxii. D'après Bédier, au contraire, c'est le lai d'Aristote qui fut répandu en Orient par nos prédicateurs, notamment par Jacques de Vitry. On n'en trouve pas trace dans les exemples de Jacques de Vitry. Exempta of Jacques de Vilry, éd. by Fréd. Crâne, Londres, 1890. — Le moyen âge faisait grand cas de ces compilations d'exemples moraux; on consultera avec fruit, sur ce point, les Anecdotes, etc., tirées par H. Lecoy de La Marche, du recueil inédit d'Etienne de Bourbon (Société de l'Hist. de France, 1877).
Renouard. Voir *Lcgrand d'Aussy.
Recueil des anciennes poésies françaises des xv et xvie siècles. Ouvrage publié par A. de Montaiglon et J. de Rothschild (Bibl. EIzévirienne), contient de nombreuses allusions au sujet du lai d'Aristote :
T. V. La grant matlce des femmes, p. 313. T. X. La vraye disante advocate des femmes (attrib. à Jean Marot), p. 243.
Là, ça, gentilles mignonnes,
Il vous faut planter vos bournes
Encontre Aristotelles.
T. XL Monologue fort joyeulx sur les femmes, p. 184.
Virgilius en fut infâme Et Aristote chevauché.
(Les éd. du Recueil renvoient aux Menus propos de Mère Sotte, par *Gringore).
Renaissance du Livre. C'est le nom d'une maison d'édition qui publia, en 1909, un Recueil de fabliaux, parmi lesquels le lai d'Aristote, p. 177, précédé de cette note : « Il est inutile d'insister sur les mérites de ce fabliau, l'un des plus connus et des plus beaux de tous ceux qui nous sont parvenus, et dont le succès, au moyen âge, fut si prodigieux qu'on peut voir, sur les bas reliefs de certaines de nos vieilles abbayes, la jeune princesse hindoue, un fouet à plusieurs lanières à la main, chevauchant gaillardement le philosophe Aristote, empêtré dans sa longue robe de docteur. Il se dégage de ce conte un scepticisme profond à l'endroit des préceptes de la morale humaine. Rien ne prévaut contre les forces alliées de la Nature et de l'Amour. La vieillesse n'a pas le droit de réprimander la jeunesse, puisque, comme elle, elle est sans défense contre les assauts de la passion. »
Le reproche que Ton peut faire à cette éd. comme à celle de Héron, dont elle paraît dériver, est d'avoir, dans le but d'être complète, mélangé les quatre versions ds la B. N., suppléant à l'une par les autres, ce qui fait que les mêmes mots n'y sont pas toujours répétés avec la même orthographe, contrairement à ce que présentent les manuscrits. On trouve en apparence
dans la même pièce: 1ère et taire, retrere et retraire, etc. Ce procédé tendrait à taire croire aux lecteurs non avertis que le vieux français n'avait pas d'orthographe fixe, alors qu'il en avait une bien déterminée par dialecte.
(Le) Roman d'Alexandre le Grand, œuvre en vers de Lambert le Tors et d'Alexandre de Bernay, qui vivaient au xne siècle. Imité des histoires fabuleuses de la Grèce, il admet sans discussion les légendes les plus invraisemblables. C'est peut-être de l'emploi du mètre de douze pieds dans ce poème qu'est né le mot « alexandrin ». Les Romans d'Alexandre le Grand ont été publiés par M. Paul*Meyer, Paris, 1886. Ils font partie de ce qu'on appelait au moyen âge la (( matière de Rome », et qu'on appelle aujourd'hui assez improprement « l'épopée antique ».
Remania. Revue ayant pour but l'étude des choses romanes en France. Voir en ce qui nous concerne, Ire année, 1872, n° 2, p. 190. B. N. =8°, Z498 (P. Wïever) et XI, pp. 138-139 ('Paris).
Rouen. Notre fabliau est représenté deux fois à la cathédrale, l'une sur le portail de la Calende, l'autre sur la miséricorde en bois d'une stalle du chœur (flg. pp. 53 et 45 de la présente brochure).
lo Portail de la Calende, à la base d'une statue sur un contrefort du côté de la rue des Bonnetiers; ditïicile à apercevoir à cause de sa petitesse (15 centimètres de hauteur environ) et de son élévation. Voir *Adeiine (dessin) et *Gasté (dessin).
2° Miséricorde de la neuvième stalle haute forme de chœur, côté du Midi (ces stalles ont été établies de
1457 à 1469). Voir *Langlois (dessin), *Adeline (dessin) et 'Gasté (dessin). En voici la description d'après *Héron : un homme vieux et barbu se traîne à plat ventre et porte sur le dos une jeune femme assise, coiffée du hennin (bonnet à deux cornes), vêtue d'une robe longue et serrée, laissant la gorge fort découverte, selon la mode des courtisanes de l'époque (?); elle conduit le vieillard au moyen d'une bride et d'un mors.
Rutebœuf. Trouvère français (xinr s.). Dans une pièce intitulée : « C'est le dit d'Aristote ». (Edit. Jubinal, t. II, Bibl. Elzév.) donne une suite de préceptes moraux qui auraient été enseignés à Alexandre par son précepteur Aristote.
Saint-Pierre de Caen. Entrer par la porte du Montoir Poissonnerie ; le chapiteau du troisième pilier de la nef, à gauche, porte huit sujets empruntés à la littérature du moyen âge (Fabliaux — Bestiaires — Romans de la Table Ronde — roman de Renart) dont le nôtre. Ce chapiteau remarquable a été étudié par *de la Rue et définitivement par *Gasté. La sculpture d' « Aristote chevauché » a été reproduite par *de la Rue, de *Caumont et Gasté. Ce pilier appartient à la partie reconstruite en 1308. Ont à peu près complètement disparu: la tète d'Aristote, une partie de la bride et de l'avant-bras droit de la femme; le fouet reste (d'ap. Gasté). — Notre dessin lig. p. 7 est fait d'après celui de *Caumont; *Gasté le présente retourné de gauche à droite.
Sair>t~Jear> de Lyon. Un bas-relief, au-dessous d'une riche console de la façade (xive s.), reproduit notre fabliau. Aristote porte un bonnet de docteur avec houppe. Les petites figures dans les angles supérieurs
semblent, dit *Guilhermy, représenter Alexandre près de sa maîtresse. — En parlent : *Guilhermy (dessin, d'après lequel a été fait notre fig. p. 98), *Bégule (dessin), *Guenebault, *Gasté (dessin).
Saint-Valéry-en-Caux. Une boiserie représentant Aristote chevauché a été découverte par * Héron chez un particulier, à Saint-Valéry-en-Caux, dans une frise en bois sculpté appartenant à la fin du xv ou au début du xvi° siècle et ayant trait à la glorification de la femme ; sujets : Samson et Dalila, Judith et Holopherne, le lai d'Aristote. La boiserie est très remarquable, la casaque de la femme a le modelé d'une armure ; sa coiffure à pointe ressemble à l'ancien bonnet des Cauchoises; la tête d'Aristote est pleine d'expression. Une reproduction photographique dans chacun des deux ouvrages de * Héron : Une représentation, etc., et La légende d'Alexandre, etc. (Voir * Héron).
Le Secré des Secres. Cet ouvrage du moyen âge, qui traite d'Aristote et d'Alexandre, tire son origine d'une compilation arabe. Parmi les traductions latines qu'on en a fait dès le xne siècle, on signale celle de Philippe de Tripoli : Aristotelis Secretnm Secretomm, imprimé dans le début du xvie siècle (Bononiae, 1501, in-folio). On n'y trouve point le sujet d'Aristote chevauché, mais bien celui de la fille empoisonnée, qui est également célèbre (Voir *Gesammtabenteuer, I, p. xxx, *Landau, *Gesta Romanorum, * Hertz) : il s'agit d'une bêle pncele nourrie de venim de serpent qui fut envo}rée par la reine de Vlnde à Alexandre, et dont le baiser eût été funeste au conquérant sans l'intervention d'Aristote.
Spran^er. Peintre de l'empereur d'Allemagne Rodol-
plie II (début du xvne siècle). Représenta le sujet d'Aristote chevauché dans un tableau sans doute inspiré par le conte allemand d' * Aristotes und Fillis, et qui fut gravé par Sadeler (cité par *Legrand d'Aussy).
Textes crientaux traduits au moyen âge dans les langues européennes. — Les recueils orientaux, dont des traductions en langues européennes étaient connues au moyen âge, peuvent être classés en sept groupes : 1° Disciplina Clericalis, Discipline de Clergie, chastoiement d'un père à son fils, tirés de sources arabes par Pierre Alphonse (milieu du xne siècle); 2° Conte du Dolopathos ; 3° et 4° Les traductions orientales et les traductions occidentales du Roman des Sept Sages, les traductions orientales étant connues elles-mêmes par une traduction espagnole ; 6° le roman arabe de Kalilah et Dimnah, connu par la traduction latine du * Directorium, et qui remonte au recueil sanscrit père du * Pantchatantra (voir ce mot) ; 7° Barlaam et Josaaph (voir la vie de saint Josaphatdans la Légende Dorée de Jacques de Ycragine ; d'après * Paris, c'est le Bouddha lui-même qui a été intronisé dans le martyrologe catholique sous le nom de saint Josaphat).
Tribunal domestique. Pièce apparentée d'assez loin au lai d'Aristote (d'après Héron). Un Vénitien, voulant faire juger sa femme devant sa famille, suivant l'ancienne loi de Rome, se laisse circonvenir par une soubrette fidèle à sa maîtresse : le voilà chien, jappant, sautant, avec au cou un ruban rose.
(Marquis de) Vence. Cité par *Legrand d'Aussy comme possédant un groupe en marbre représentant notre sujet.
(Le) Vizir bride et selle. Conte arabe d'Adjaebel Measer, dont la traduction est donnée par Cardpnne dans les Mélanges de littérature orientale (Paris, Le Hérissant, 1770, 2 tomes en 1 vol. in-8°. Cote B. N. = Z 17812-17813) t. I, pp. 16-23. Sauf les personnages (un vizir au lieu d'Aristote, un roi oriental au lieu d'Alexandre), le sujet est identique à celui du lai d'Aristote ; c'est par ce conte que l'Ecole de l'origine orientale voulait que le sujet indien eût passé au 'Promptuarium, où Jacques de Vitry aurait choisi les nouveaux personnages (voir * Paris); mais d'après 'Bédier (voir ce mot), cette forme arabe est moderne et vient plutôt du texte français, comme l'exemple du *Promptuarium. Le vieillard bridé se tire de sa mésaventure par un mot plus heureux encore que dans le texte français. « Prince, c'est parce que je connaissais tous les caprices de ce sexe dangereux que j'exhortais votre Majesté à ne pas s'y livrer; mes leçons doivent faire plus d'impression sur votre esprit, depuis que j'ai joint V exemple au précepte. »
(Emile) Zola. Il y a un homme chevauché dans le roman Nana (pp. 490-491), mais c'est un vieil amoureux qui prend plaisir à s'avilir pour une courtisane. Le sujet n'est donc pas exactement le même que celui du lai d'Aristote.
Médaillon de *Gaillon (dessin d'après *Guilhermy)