Voir les cartes (hors texte) et l'appendice 1, p
3. S'écrit aussi Tikkiden (Niéger)? Voir l'orthographe tiltnar' dans l'appendice IV, p. 330.
analogie que la sebkha conserve sur quelques points privilégiés au débouché de grands oueds quelques traces analogues d'humidité. Mais partout ailleurs, elle est complètement morte et desséchée, si complètement aride que l'apparition d'une larve d'insecte y provoquait une exclamation de surprise. Elle cesse donc d'intéresser les indigènes nécessairement utilitaires, ils la classent simplement tanezrouft, et comprennent mal les questions qu'on leur pose au sujet de son émissaire probable.
Le problème de l'émissaire trouverait peut-être sa solution à Azelmati. C'est un misérable point d'eau, important toutefois, parce que, entre Taourirt et Ouallen, il jalonne la route la plus directe, mais la plus désolée, encore inexplorée. D'après les renseignements indigènes qui cadrent avec ce que nous avons aperçu de loin, ce point d'eau se trouverait dans une gorge, ouverte vers l'ouest, et creusée dans les argiles du Dévonien moyen, entre les garas d'Azelmati et de Chaab: les inondations de l'O. Meraguen parviennent jusque-là (?).
Le nom d'Azelmati s'applique aussi à une vaste étendue uniforme, qui est peut-être une immense sebkha desséchée. Dans le numéro de Iai Géographie du 15 décembre 1907, M. Nieger donne les renseignements les plus intéressants sur cette sebkha, qui serait en somme l'épanouissement occidental de la sebkha Mekhergan. Quoi qu'il en soit', le baromètre indique une différence de niveau très sensible, entre les sebkhas d'Hacian Taibin et Mekhergan, cette dernière serait plus basse de 5 millimètres 2 . Plus significatives peutêtre que les indications du baromètre sont celles du terrain, l'existence d'un puissant obstacle montagneux et celle de la grande sebkha elle-même. Kn somme, le bas Djar'et, comme l'O. Messaoud, au lieu de se rapprocher du Touat, tend à s'en éloigner vers le sudouest.
D'autre part, lorsque dans la traversée du Tanezrouft d'In Ziza, on voit tous les grands oueds quaternaires, descendus du Hoggar, 0. Tiredjert, 0. Takouiat, 0. Tamanr'asset, prendre la direction de l'ouest, on reste frappé de cette convergence de toutes les rivières quaternaires vers cette cuvette médiocrement éloignée du Djouf, aux approches de laquelle tous les voyageurs ont noté un niveau très bas (120 à ioO m.). Il est difficile de se soustraire à la conclusion que
1. On trouvera en appendice l'orthographe exacte en tiflnnr de Azelranti. C'est sans doute une racine berbère. Les Arabes en donnent une étyrnologie qui est imaginaire mais caractéristique az-zell-mat : qui a'éirare périt: dans cette immense étendue sans points de repère le voyageur qui perd la direction est condamné à mort.
2. Nos carnets météorologiques, contenant les cotes barométriques, sont à l'élude nu bureau météorologique central. Les conclusions seront publiées dans le second volume.
nous avons affaire aux différentes parties d'un même réseau fluvial quaternaire qu'on pourrait appeler le réseau de l'O. Messaoud.
O. Tlilia. — Au nord, on peut reconstituer ce réseau avec bien plus de précision et en faisant la part bien moindre à l'hypothèse.
Tout d'abord, nous connaissons aujourd'hui des tronçons considérables de ce qui fut évidemment un grand affluent de gauche descendu du Tadmaït. La carte Niéger, comme la carte Prudhomme, portent un O. Tlilia qui draine la plus grande partie du Tadmaït, depuis le méridien d'In Salah. (Voir pl. IV, phot. 81.) Il prend sa source au voisinage de la grande falaise terminale du plateau, en un point bien déterminé, où l'érosion régressive d'un petit torrent, 10. Aglagal, qui coule en sens inverse, a profondément entaillé la falaise, et s'est annexé la tête de vallée de l'O. Tlilia. (Voir pl. XLIII, phot. 81.) On le suit sans lacunes depuis sa source jusqu'à sa sortie des plateaux calcaires, sur une étendue de 120 kilomètres. Les cartes publiées ne donnent pas de renseignements sur ses destinées ultérieures, mais les officiers des oasis savent qu'il aboutit au Touat à Zaouiet Kounta.
Or, l'itinéraire de Haci Rezegallah croise et longe, à partir de Haci Hammoudiya un grand oued affluent de l'oued Messaoud, qui vient précisément du Bas-Touat, région d'Inzegmir. C'est évidemment la prolongation de l'O. Tlilia, ou en tout cas d'une artère fluviale dont l'O. Tlilia serait un élément constituant.
Voilà donc un grand affluent de l'O. Messaoud que nous suivons depuis sa source jusqu'à son embouchure.
Sebkha de Timimoun. — Il ne faut pas hésiter à rattacher la sebkha de Timimoun au système de l'O. Messaoud. La forme même de la sebkha, son allongement très marqué, ses étranglements, son allure en chapelet, suggèrent l'idée qu'elle a dû être en relation avec un fleuve coulant vers le sud-ouest, et dont les hautes falaises qui encadrent la sebkha, et les garas qui la jalonnent attestent la puissance érosive.
Comment le chapelet de sebkhas du Gourara se reliait au chapelet de sebkhas du Touat, c'est ce qui apparaît beaucoup plus nettement sur la carte Niéger que sur la carte Prudhomme; aussi bien la carte Niéger, qui est essentiellement une marqueterie d'itinéraires, une œuvre de plein air, composée sur place, est en général beaucoup plus expressive du terrain réel. On y voit très bien qu'une ligne de falaises rejoint les sebkhas de Timimoun et de Brinken. Entre Brinken et le
Bouda, on distingue deux lignes divergentes de jonction, l'une au sud par Sba, Meraguen, jalonnée de petites falaises; l'autre au nord, directe de Sba au Bouda, marquée par de la verdure, un long pâturage de nebka. Aussi bien entre le Touat et le Gourara, il n'y a pas de démarcation naturelle, la ligne des oasis est continue, et cela seul serait un indice. 11 faut donc admettre que l'oued quaternaire du Gourara aboutissait au Bouda, et de là il semble bien que ce soit lui et non pas l'oued Messaoud qui ait longé le Touat, sculptant ses falaises et ses garas, contenu par l'obstacle des horsts hercyniens, jusqu'à sa réunion avec l'O. Tlilia dans le voisinage de Zaouiet Kounta. Puis les deux fleuves réunis par Inzegmir, le Sali et le grand lit relevé au voisinage de Haci Hammoudiya allaient rejoindre l'O. Messaoud.
Les oueds du grand Erg. — Au nord du Gourara, le grand Erg met un obstacle sérieux mais non pas insurmontable à la reconstitution du réseau quaternaire. On voit assez nettement les artères quaternaires dont la sebkha de Timimoun est le réceptacle commun, et qui constituent l'oued du Gourara.
Le Tadmaït fournit une contribution importante, l'O. Aflissès, profondément gravé dans les plateaux calcaires, mais dont le cours n'a été reconnu qu'incomplètement et par tronçons. Il semble bien que ce soit lui qui ait creusé l'immense cirque «l'érosion entre la gara bou Dhemane et la gara el Aggaia, et qui alimente encore les palmeraies tout particulièrement denses au voisinage de Timimoun.
Comme il est naturel, c'est au nord et de l'Atlas que descendent les oueds les plus nombreux. On en compte trois : l'O. Seggueur, l'O. B'arbi, l'O. Namous; leur cours supérieur est très net, profondément encaissé dans la hammada, suivi d'ailleurs par de vieilles routes de caravanes. Mais le cours inférieur est enfoui sous les effroyables amas de sable du grand Erg, par surcroit encore très mal connu. On entrevoit cependant avec une probabilité suflisante les points de sortie au sud de l'Erg, sur la sebkha, et quelquefois même la direction générale du cours.
Un grand oued débouche à l'extrémité orientale de la sebkha du Gourara auprès d'el Hadj Guelman ; c'est à lui que la sebkha de Timimoun doit ce qu'elle conserve d'humidité et de placage quaternaire. En hiver, lorsque sont tombées les pluies lointaines sur l'Atlas et le Tadmaït, on voit, à partir d'el Hadj Guelman, et progressivement vers l'ouest, la surface de la sebkha changer de couleur, se poudrer de points blancs scintillants; c'est le sel qui remonte,
témoin d'une évaporation plus énergique et par conséquent d'une augmentation dans la réserve profonde d'humidité.
Cet oued qui débouche à el fladj Guelman est apparemment le même auquel les ksouriens du Tinerkouk doivent l'eau de leurs puits et le Meguidden ses pâturages. C'est vraisemblablement la prolongation de l'oued Seggueur qui, simplement tangent à l'erg sur la plus grande partie de son cours, se suit facilement jusqu'au delà d'el Goléa.
Le cours de l'oued Namous n'apparaît pas du tout sur les cartes publiées, mais M. Mussel \ sur sa carte encore inédite, en trace de grands tronçons; l'oued traverse le groupe des oasis de Telmin dans sa partie orientale, entre Takhouzi et Adjir; on le suit au sud jusqu'à proximité de Charouin et de Haci el Hamira.
C'est l'oued R'arbi sur lequel nous sommes le moins renseignés. Pourtant à la lisière méridionale de l'erg l'attention est attirée par une ligne d'oasis, el Ahmar, Guentour, Tesfaout, Charouin, et le long de cette ligne la carte Niéger marque ce qui semble être un grand lit d'oued. Charouin à coup sur est sur le bord d'une gigantesque cuvette d'érosion qui m'a semblé aller rejoindre en biais celle de la sebkha du Gourara. Sur la route de Charouin à Ouled Kached ces deux cuvettes ne sont plus séparées que par une ligne de garas, autant du moins que l'envahissement du sable permet d'en juger. Il semble bien que dans cette région deux grandes rivières, reconnaissables à leurs érosions, aient fait leur jonction : apparemment l'O. R'arbi et l'oued du Gourara. (Voir fig. 44, p. 226.)
Ajoutons que dans sa partie occidentale, le grand Erg a sûrement enfoui toute unesérie d'affluents de l'O. Saoura, et il garde beaucoup mieux le secret de leur réseau. La carte inédite Mussel permet de suivre jusqu'à Haci Ouskir un gros affluent venu du Mezarif et qui passe par Haci Mezzou. Elle révèle çà et là sous l'erg de grands tronçons, un oued Si Ali par exemple au nord du puits de ce nom.
Le long de la Saoura on croit deviner des embouchures; en certains points, de dessous l'erg on voit sourdre brusquement l'eau nécessaire à l'alimentation des palmeraies. A Mazzer, c'est une grosse source naturelle débouchant d'une grotte de travertin. A Beni Abbès, l'homme est intervenu, mais avec peu de travail, et à fleur de terre, on a fait couler de grosses séguias. L'eau afflue avec une abondance particulière dans la R'aba (littéralement la forêt de palmiers); sur une
1. M. le capitaine Mussel a dressé une carie de l'erg, dont je dois la communication à l'obligeance de l'auteur et à celle de M. de Flotte-Roquevairc. Je suis heureux de voir que M. Mussel a la suite d'une longue campagne dans les dunes, se range au point de vue qu'on a essayé de défendre daus ce chapitre. C'est une confirmation précieuse de sa justesse (voir Bulletin du Comité de l'Afr. fr., août 1907).
dizaine de kilomètres les ksars se touchent, el Ouata, Animés, Ksir el Ma, el Maja, etc. ; l'eau est partout à fleur de sol dans toute cette section de l'oued. De là part d'ailleurs, à travers l'erg, une route de caravanes semée de puits; il est clair qu'un gros affluent a dû déboucher ici. Mais d'où vient-il? Qu'est-ce, d'autre part, que ce groupe d'oasis de Telmin perdu au milieu de l'erg, et au nord duquel on voit sur la carte une constellation de puits? On ne fait qu'entrevoir une puissante circulation souterraine qui doit être une image plus ou moins fidèle de l'ancienne circulation superficielle quaternaire sur la rive gauche de la Saoura.
L'O. Tabelbalet. — L'O. Saoura est hémiplégique, toute sa rive droite est à peu près morte; de ce côté en effet l'oued longe le pied d'un accident montagneux et la ligne de partage est toute proche entre la Saoura et une autre grande artère quaternaire, qu'on pourrait appeler l'O. Tabelbalet.
A vrai dire cet oued n'a pas de nom, et les indigènes ne soupçonnent pas son existence. 11 est enfoui sous l'erg er Raoui, mais pas assez profondément pour qu'on ne le retrouve pas. Depuis la palmeraie de Tabelbalet jusqu'à Oguilet Mohammed, la lisière méridionale de l'erg er Raoui est jalonnée de puits, Haci el Hamri, Tinoraj, H. er Rouzi, Haci el Maghzen, Noukhila; d'ailleurs le nombre de puits existants le long de cette ligne pourrait être augmenté presque indéfiniment; entre Tinoraj et Tabelbalet, il suffit de creuser n'importe où, dit-on, pour avoir de l'eau, Haci el Maghzen est, comme son nom l'indique, un puits improvisé par les maghzen (policiers indigènes) de Beni Abbès. Tous ces puits sont des trous d'eau à fleur de sol : d'ailleurs on rencontre de grands troupeaux d'antilopes adax, ce qui suppose de l'eau superficielle, d'accès facile. (Voir pl. XXXIV, phot. 04.) Le nom de l'erg est significatif; er Raoui signifie humide; le nom contraste avec celui de l'erg Atchan, tout voisin, « l'Erg assoiffé ». Enfin au voisinage des trois puits que j'ai vus et probablement de tous les autres, on distingue très bien l'oued enfoui sous la dune. C'est bien net, en particulier à Tinoraj et à H. el Hamri; on y voit, avec ses falaises d'érosion, ce qu'il faut appeler sans doute le lit mineur de l'oued, puisqu'il est taillé dans des dépôts plâtreux et dans des formations d'aspect tourbeux, qui doivent ici évidemment, comme partout ailleurs au Sahara, représenter le lit majeur. (Voir pl. X, 20.) A Oguilet Mohammed je n'ai pas vu le lit mineur, mais la dune repose sur les dépôts gypseux habituels. 11 n'est pas téméraire de conclure que tous les puits jusqu'à Tabelbalet sont creusés dans
LES OUEDS ET LES DUNES 3i
le lit de l'oued, dont nous pouvons donc reconstituer le tracé de Tabelbalet a Oguilet Mohammed, on peut môme dire avec une probabilité suffisante jusqu'à Ouled Saï. En somme il longe au nord-est le pied de l'arête gréseuse éodévonienne que les indigènes appellent le kahal de Tabelbalet, et qui sépare l'erg er Kaoui de l'erg d'Iguidi.
D'où vient cet oued? Évidemment de l'Atlas marocain, qui est tout proche, mais qui est encore trop mal connu pour qu'on puisse essayer de préciser.
En aval, le djebel Heirane se dresse en promontoire au confluent de deux grands oueds quaternaires; la hammada crétacée qui lui sert de socle, est profondément entaillée à l'est par l'oued Messaoud, et au sud-ouest par un oued inconnu, étalé en sebkha, dont le lit fait avec celui de l'oued Messaoud un angle aigu. Cet oued dont nous connaissons avec précision l'embouchure, n'est-il pas l'oued de Tabelbalet? La carte, qui accompagne le rapport de tournée du capitaine Flye Sainte-Marie dans l'Iguidi', est nettement favorable à cette hypothèse.
L'Iguidi. — Cette même carte et ce même rapport permettent de supposer que l'Iguidi, au moins dans sa partie orientale, et l'erg ech Chech tout entier qui lui fait suite, rentrent dans le bassin quaternaire de l'O. Messaoud. Un certain nombre de faits ressortent avec évidence.
Nous savons depuis longtemps que les grands oueds du Tafilalet réunis en un réceptacle commun qui est l'O. Daoura, vont se perdre dans une grand sebkha*. Le lieutenant Niéger nous apprend 3 le véritable nom de cette sebkha, qui est Mahzez.
D'autre part, le capitaine Flye Sainte-Marie nous donne sur l'Iguidi des renseignements précis. Les puits de l'Iguidi sont très inégalement répartis. La bordure nord est très pauvre : deux points d'eau seulement, très éloignés l'un de l'autre, Mana et Inifeg. La bordure sud au contraire est le plus beau coin de tout l'erg; c'est le Menakeb, «15 puits sur 150 kilomètres », les puits sont nettement alignés nord-ouest-sud-est; on voit partout des traces d'une puissante érosion, falaises, cirques et garas. Il faut affirmer que le Menakeb est un grand oued, l'analogie est évidente avec l'oued de Tabelbalet, à la lisière sud de l'erg er Haoui.
1. Capitaine Flye Sainte-Marie. Dans l'ouest de la Saoura. Une reconnaissance vers Tindouf (Renseignements col. et documents Comité Afr.fr..., XV, 1905), p. 534.
2. Voir la carte du Maroc par de Flotte de Ko<jucvnire, 1 : 1 000 000 (Paria, 1904).