‹ Sahara algérienChapitre 13 sur 119 · Siéger, art. cité, p · texte numérisé non relu

Siéger, art. cité, p

J'étais tenté de considérer l'oued Menakeb comme un émissaire de la sebkha Mahzez. M. Niéger, qui a vu le terrain, est d'un avis contraire. D'autre part, d'après une communication orale de M. le capitaine Martin, Mahzez serait beaucoup plus près de Tabelbalet que les cartes ne le montrent, et ce serait donc peut-être 1*0. Tabelbalet qui prolongerait l'O. Daoura (?).

Quoi qu'il en soit il y a vraisemblablement, sous l'Iguidi et à sa bordure nord, un réseau d'artères quaternaires qui apporte ou apportait jadis à l'O. Messaoud, non seulement les eaux de Tafîlalet, mais aussi les eaux des Eglab; le plateau archéen (?) granitique (?) et peut-être par endroits volcanique (?)des Eglab, déjà traversé parLenz, revu plus en détail par Flye Sainte-Marie et ses officiers, apparaît d'ores et déjà avec une certaine netteté (c'est sur la carte Flye Sainte-Marie qu'il faut le chercher naturellement). Il a un relief assez accusé, six ou sept cents mètres d'après M. Niéger'; encerclé de dunes sur toutes ses faces ce fut évidemment, et, dans une certaine mesure, c'est encore un centre de dispersion hydrographique; il domino de deux ou trois cents mètres la plaine où serpente l'oued Messaoud, et c'est l'épaulement occidental du bassin.

L'O. Messaoud actuel. — On arrive donc à reconstituer avec précision, à quelques incertitudes près, le réseau d'un oued Messaoud quaternaire, collecteur de toutes les eaux depuis les Eglab et l'Atlas du Tafîlalet jusqu'au Iloggar. Ce squelette de vieux fleuve mort est d'un intérêt plus actuel qu'on n'imaginerait au premier abord.

Dans tout le Sahara algérien, ce qui reste de vie a souvent des relations évidentes avec le vieux réseau; et les parties mêmes de ce réseau qui sont aujourd'hui tout à fait mortes ne le sont pas depuis l'époque quaternaire ; nous sommes aux oasis depuis quelques années à peine, et dans ce court laps de temps on a déjà recueilli des faits incontestables qui attestent la continuation sous nos yeux de la déchéance.

Ces faits se rapportent au cours actuel de l'O. Saoura et de l'O. Messaoud. Les crues de la Saoura, cela revient à dire les pluies de l'Atlas arrivent à Foum el Kheneg, encore aujourd'hui :

On publie ci-contre une photographie du lit inondé de l'oued à Ksabi; je la dois à l'obligeance de M. le maréchal de logis Galibert, elle a été prise au huitième jour de la crue en octobre 11)04. (Voir pl. IV, phot. 18.) L'hiver de ll'Oli a été particulièrement pluvieux,

i. Communication orale de M. Niéger.

et d'après le témoignage oral de M. le capitaine Martin l'oued à Beni Abbès a coulé, au point d'être très difficile à franchir pendant cinq mois consécutifs. Les crues arrivent d'ailleurs très au delà de Foum el Kheneg, mais à partir de ce point le régime change brusquement. Jusqu'à Foum el Kheneg l'oued a un lit profond, net de sable, au fond duquel la crue, contenue et guidée, chasse sans incertitude, sûre de sa route. Il est probable que c'est une question de pente.

Au delà de Foum el Kheneg, la crue s'étale, hésite et tâtonne; d'une année à l'autre, elle ne retrouve plus son chemin. C'est la zone d'épandage qui commence, l'oued fait patte d'oie, delta. Qu'on jette un coup d'œil sur la carte (Niéger ou Prudhomme) on distinguera deux paliers d'épandage. Le premier est immédiatement à la sortie de Foum el Kheneg, l'oued se divise en trois bras. Le plus occidental diverge définitivement et va se perdre au loin sous le nom d'O. Seiba. Les deux plus orientaux, après s'être séparés à Haci Zemla, finissent par se rejoindre en amont d'Haci Zouari; au delà la pente s'accentue, et le lit de l'oued retrouve pour un temps son encaissement net, et son unité. Il les perd entre le Bouda et le djebel Heirane, où il s'étale en un dédale de grandes îles et de faux bras en éventail.

Vaille que vaille, malgré les vagabondages et les déperditions, la crue, il y a une douzaine d'années, est encore arrivée au Touat. Niéger note que, à Tesfaout, l'eau a déraciné quelques palmiers et abattu quelques maisons. Or, voici que la crue de 1904, celle qui a été photographiée à Ksabi n'a pas pu dépasser le palier d'épandage de Foum el Kheneg, au delà de la gorge un tampon de sable lui a barré le chemin et l'a rejetée au nord-ouest, dans la direction de la -ebkha el Melah, c'est-à-dire dans une voie toute nouvelle que la Saoura n'avait jamais prise. Rien de plus naturel; j'ai vu, en 1903, le lit de l'oued à la sortie de Foum el Kheneg; ce n'était déjà plus un lit, les berges étaient indiscernables, c'était une plaine mamelonnée de sable où le tracé de la rivière ne se reconnaissait qu'à la verdure espacée du pâturage. (Voir pl. IX, phot. 19.) Quelques grains de sable de plus ont suffi pour déterminer un changement qui, s'il eût été durable, aurait été de grande conséquence. L'O. Messaoud serait mort sur une étendue de 150 kilomètres; les pâturages et les puits se seraient asséchés, et une route jusqu'ici fréquentée serait devenue impraticable.

Si je suis bien informé, la crue do 1900, puissamment aidée par les efforts des indigènes et de l'administration, a triomphé de l'obstacle, le danger est écarté, provisoirement du moins.

SAHARA ALCtCRtEN . 3

Mais nous saisissons sur le fait le processus de l'assèchement le long des oueds sahariens; il est purement mécanique, et tout à fait indépendant d'un changement quelconque dans le climat général.

Depuis l'établissement du climat désertique, le sable soutient une lutte acharnée et heureuse contre l'oued, où roulent les grandes crues intermittentes, venues des montagnes lointaines. Il y a des points stratégiques, des points faibles, où se livrent les batailles décisives; ce sont les paliers de rupture de pente, où lâchasse d'eau n'est plus assez forte pour lutter victorieusement; l'amoncellement du sable y crée des zones d'épandage où la crue s'étale, s'éparpille et s'arrête. Toute la portion aval du fleuve est ainsi condamnée à mort.

Nous sommes désormais en état de mieux comprendre l'état dans lequel se trouve aujourd'hui le bas 0. Messaoud, et de mettre au point les souvenirs à demi légendaires que les Touatiens se sont transmis sur son passé immédiat.

L'O. Messaoud historique. — La région de Haci Boura et de Haci Rezegallah, c'est-à-dire l'oued Messaoud au large du Bas-Touat, est tout à fait étrange. La vie semble s'y être arrêtée hier, un palais de la Belle au Bois dormant. Tout le pays est couvert de traces humaines, de celles naturellement qu'on peut attendre au désert; les puits sont très soignés, avec de superbes margelles en grandes dalles, bien supérieures à la moyenne comme aspect extérieur; ces puits de luxe contiennent de l'eau saumâtre, et on n'échappe pas au soupçon que la qualité de l'eau a dû jadis justifier mieux qu'aujourd'hui tous ces frais d'architecture. Les redjems, ces gros tas de pierre, indicateurs du chemin, sont très nombreux, il n'y a guère de sentier saharien mieux jalonné; mais le sentier lui-même a disparu; les medjbeds pourtant, ces sentiers sahariens gravés par le pied des chameaux, sont incroyablement tenaces; on les retrouve très nets, au moins par places, dans des régions où les guides expérimentés, grands connaisseurs de traces, affirment qu'il n'a passé personne depuis un an (voir là-dessus en particulier le rapport de tournée du capitaine Flye, passim); sur le sol du Sahara, partout ailleurs que sur les dunes naturellement, les traces qui jouent un si grand rôle dans la vie des indigènes, sont beaucoup plus tenaces qu'en nos pays; ici la moindre égratignure du sol est durable; la marque d'un pied de chameau trahit encore après des mois le passage de la dernière caravane; c'est que le vent, seul agent d'érosion, est impuissant à l'effacer, et même s'il saupoudre de sable le léger dessin en creux, il ne le fait que mieux ressortir. Aussi est-on frappé de ne plus voir,

entre Haci Boura et Haci Rezegallah la moindre trace de medjbed» En revanche, beaucoup de tombeaux musulmans groupés en petitscimetières; mais c'est la seule trace de leur séjour qu'aient laissée les campements de nomades. Et il a dû y avoir ici, en effet, de superbes pâturages, représentés aujourd'hui par des étendues de tiges sèches ; là où il subsiste des plantes vertes, elles sont salées et les chameaux y touchent à peine. On est frappé de l'absence de tout gibier; le seul mammifère dont nous ayons vu les traces est un fennec, petit animai qui se nourrit d'insectes et de lézards'.

En somme la région fut, à une époque médiocrement éloignée, un centre important de vie nomade. C'est ici, disent les indigènes que paissaient les troupeaux du Sali ; car ce pays, qui, hier encore, était utilisable, a des propriétaires, il est rattaché à une portion spéciale du Touat, le groupe du Sali. Rien de plus naturel puisque l'O. Tlilia prolongé joint le Sali à l'O. Messaoud. Pourtant à quel point le Sali dans ces dernières années s'est désintéressé de ses vieux droits, c'est ce que semble prouver la difficulté avec laquelle on recueille aujourd'hui des renseignements indigènes sur l'O. Messaoud; on ne trouve même pas de guides au Touat, le nôtre était un Jakanti de Tindouf (Jakanti est beaucoup plus connu sous sa forme au pluriel, Tadjakant).

Ces difficultés ont été exagérées encore par le mutisme voulu de nos indigènes fraîchement soumis, qui craignent en nous renseignant d'attirer sur eux des représailles. Mais à quel point la pénurie de guides est réelle, c'est ce que montre en détail le rapport de « tournée* à Taoudeni » du lieutenant-colonel Laperrine 3 , et il en explique les causes. Naturellement les ksouriens du Sali, agriculteurs sédentaires, n'ont jamais gardé leurs troupeaux eux-mêmes ; le mot de sédentaire au Sahara a un sens terriblement absolu : avant notre arrivée, qui a bouleversé tant de choses, et en particulier les conditions des voyages, le ksourien ne pouvait guère s'éloigner de sa seule protection, les murailles du ksar ; et le court rayon de ses pérégrinations ne le conduisait guère au delà des derniers palmiers. Les troupeaux de Sali dans l'O. Messaoud étaient donc gardés par des nomades.

De ces nomades nous connaissons assez exactement le nom, l'origine et la fin. Les nomades propres du Touat élaienl les Ouled Moulad et les Arib. Le nom des premiers se trouve sur les anciennes cartes, celles de Vuillot, par exemple. Ils avaient leurs affinités avec

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